Politique

Madagascar : Kolo Roger, un médecin au chevet de la Grande île

Mis à jour le 11 avril 2014 à 19:40

Deux mois et demi après son investiture, Hery Rajaonarimampianina a fini par trancher. Sommé par la communauté internationale, qui commençait à s’impatienter, de nommer un Premier ministre et un gouvernement, le président malgache a nommé vendredi Kolo Roger.  

Tiraillé entre le Mapar (la plateforme de soutien à Andry Rajoelina, l’ancien président de la Transition) et la PMP (la plateforme pour la majorité présidentielle, qui lui est favorable), Hery a finalement opté pour une troisième voie. Kolo Roger, dont la nomination a été officialisée vendredi 11 avril, n’appartient à aucun parti, il n’était le candidat d’aucun de ces deux camps, mais il jouit de la confiance totale du président. "Ils sont très proches et surtout, ils sont sur la même longueur d’ondes. Tous deux ont la même vision pour leur pays", explique un ami commun. Inconnu de la plupart des Malgaches, Roger n’a jamais milité dans aucun parti même si plusieurs membres de sa famille ont fait de la politique (l’un de ses frères a été sénateur et l’un de ses oncles fut ministre).

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Hery lui doit beaucoup. C’est grâce à ce médecin spécialisé en radiologie que l’ancien ministre des Finances de la Transition a pu se présenter à l’élection présidentielle en 2013. Après de longues années d’exil en France puis en Suisse, à Genève, où il a fondé en 1997 l’un des cabinets de radiologie les plus réputés de la ville, ce métis originaire de la région du Menabe (sud-ouest), fils d’un père luthérien mais qui a reçu l’éducation des jésuites à Antananarivo, avait décidé de rentrer au pays et de se présenter à la présidentielle. "Comme beaucoup d’entre nous, Malgaches vivant à l’étranger, il a estimé qu’il serait plus utile à son pays en y retournant", explique Patrick Rajoelina, un Franco-Malgache qui a fait partie de son équipe de campagne.

Lorsque sa candidature a été invalidée par la Cour électorale spéciale (CES) en juin, au motif qu’il était rentré trop tard au pays (moins de six mois avant l’élection), il avait apporté son soutien à Hery – comme un autre candidat invalidé, Rolland Jules Etienne. Hery et Roger se connaissent depuis de nombreuses années. "Chaque fois que Hery se rendait à Genève, il lui rendait visite", indique un proche. S’ils ne sont pas de la même trempe (le premier est un fonceur, le second est plus mesuré), ils partagent les mêmes ambitions.

"Conseiller officieux"

Durant la campagne, les deux hommes sont restés très liés. Roger a fait partie de son premier cercle de conseillers. Et lorsque Hery a été élu, il est resté à ses côtés en tant que "conseiller officieux".

Roger appartient à ceux qui, dans l’entourage du président, s’appellent eux-mêmes les "faucons". Ces derniers estiment qu’il faut nettoyer en profondeur les instances dirigeantes du pays et qu’il faut surtout se démarquer de ceux qui ont été aux affaires durant la Transition – et qui ont eux aussi soutenu la candidature de Hery. "C’est un homme intègre et rigoureux", dit-on dans son entourage.

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Roger prône l’ouverture du pays, tant au plan diplomatique qu’économique, et surtout le développement de toutes les régions. Il est en phase, en cela, avec Hery, qui défend l’idée d’une "décentralisation économique". Ce qui pourrait s’apparenter à un point faible – son absence prolongée loin du pays et une méconnaissance des réalités locales – est perçu par beaucoup comme une force. "Le fait qu’il ait vécu longtemps hors du pays va le protéger des pressions de toutes sortes. C’est une bonne chose", estime Alain Tehindrazanarivelo, un candidat malheureux de l’élection présidentielle. 

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Par Rémi Carayol