Politique

Tunisie : les familles des martyrs de la révolution réclament plus de justice

Des familles de martyrs de la révolution tunisienne de 2010-2011.

Des familles de martyrs de la révolution tunisienne de 2010-2011. © AFP

Les familles des martyrs de la révolution se mobilisent mercredi dans la capitale tunisienne. Objectif : protester contre la sentence rendue en appel, le 11 avril, par le tribunal militaire de Tunis contre d’ex-responsables de l’ancien régime de Zine el-Abidine Ben Ali.

"S’ils sont coupables, ce n’est pas assez, s’ils sont innocent la peine est trop lourde". Le juriste Slim Loghmani résume à sa manière le sentiment de malaise qui domine en Tunisie après le verdict de 3 ans de prison ferme prononcé, le 11 avril, contre plusieurs hauts responsables de l’ancien régime de Ben Ali. Inculpés en 2011 pour "meurtre avec préméditation", Ali Seriati, ex-directeur de la garde présidentielle, Rafik Haj Kacem, ex-ministre de l’Intérieur, Jalel Boudriga, ex-chef des brigades spéciales, Adel Touiri, ex-directeur général de la Sûreté nationale et Lotfi Zouaoui, ex-directeur général de la sécurité publique, ont été finalement condamnés pour "homicide involontaire" après modification des chefs d’inculpation par la cour d’appel criminelle militaire de Tunis.

Uné décision qui a suscité beaucoup d’indignation en Tunisie, alors que beaucoup de questions restent sans réponse dans le dossier des 338 morts et 2174 blessés recensés lors de la révolution de 2010-2011 à Tunis et dans sa banlieue, mais aussi à Thala, Kasserine, Tajerouine, Kairouan, Kerkennah et Sfax. En effet, 66% des victimes ont été touchés par des tirs à balles réelles. Qui sont les snipers ? Qui a donné les ordres ? Qui les a fait appliquer ? Que s’est-il passé durant les semaines qui ont précédé la révolution ? Et dans les jours qui ont suivis ? Certains rappellent à juste titre que les victimes ont été plus nombreuses après la fuite de Ben Ali, le 14 janvier, date à laquelle le général Ali Seriati était aux arrêts…

Appels à l’ANC

C’est pour tenter d’obtenir des réponses que les familles des martyrs de la révolution manifestent ce mercredi 16 avril à Tunis et en appellent directement à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), alors même qu’un pourvoit en cassation est encore possible. Ont-elles oublié qu’entre 2012 et 2013, la commission de l’ANC en charge de ce dossier n’avait abouti à aucune décision concrète ? Leur demande risque en tout cas de créer un grave précédent qui nuirait à l’indépendance de la justice en tentant de substituer à cette dernière une décision de la nouvelle commission d’enquête en charge du dossier, créée à l’ANC le 14 avril.

Certains élus voudraient transférer l’affaire vers la justice civile, d’autres souhaitent la mise en place de tribunaux spéciaux… Aucun ne songe cependant à faire appliquer la loi sur la justice transitionnelle, adoptée en janvier 2014, qui serait l’unique processus permettant d’apaiser les esprits, faute d’atteindre une réelle réconciliation nationale.

Encore faudrait-il que les partis politiques de l’ex-troïka évitent d’ajouter à la confusion en tentant de récupérer et d’instrumentaliser l’affaire des martyrs à des fins électorales, et pour faire oublier leur responsabilité dans la crise économique sans précédent que traverse le pays. D’autant que, comme le relève Taoufik Bouderbala, président de l’ancienne Commission nationale d’investigation sur les dépassements et les violations : "La présidence de la République, les ministères de l’Intérieur, de la Santé publique, de la Justice et des Affaires étrangères n’ont pas fait leur part de travail dans ces dossiers des martyrs de la révolution. Ils sont donc responsables des verdicts de la justice militaire."

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Par Frida Dahmani, à Tunis

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