Politique

Affaire Karim Wade – Cheikh Diallo : « J’ai dit la vérité, rien que la vérité »

Cheikh Diallo a été blanchi par la justice le 16 avril. © DR

Ex-conseiller du président Abdoualye Wade, Cheikh Diallo a connu la descente aux enfers. Soupçonné par la justice d'être un complice de Karim Wade dans l'acquisition illicite de divers biens, il aura connu la prison avant d'être blanchi le 16 avril. Entretien.

Il fut un conseiller influent du président Abdoulaye Wade et le spin doctor de son fils, Karim, quand celui-ci était pour les Sénégalais le "ministre du Ciel et de la Terre" entre 2009 et 2012. Journaliste, essayiste, politologue, Cheikh Diallo était considéré comme l’un des hommes clés du régime jusqu’à l’élection de Macky Sall il y a deux ans. Puis comme tant d’autres "Wade boys", il a connu la descente aux enfers : les auditions devant les magistrats de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), qui le soupçonnaient d’avoir servi d’homme de paille à Karim Wade ; la mort subite du groupe médiatique CD Médias qu’il avait fondé avec ce dernier et qui lui a valu ses ennuis judiciaires ; et enfin la prison. Libéré il y a six mois, puis placé sous contrôle judiciaire, il a été blanchi le 16 avril, le jour même où Karim Wade a appris qu’il devrait répondre devant un tribunal, avec ses complices présumés, des accusations d’enrichissement illicite. Le lendemain, Cheikh Diallo accordait une interview à Jeune Afrique.

>> Lire aussi : en attendant son procès, Karim Wade, en détention depuis un an, reste en prison

Jeune Afrique : la commission d’instruction de la Crei vous a blanchi. C’est un soulagement ?

Cheikh Diallo : Oui. J’ai passé six mois en prison, six autres mois sous contrôle judiciaire. Ce fut une épreuve très difficile, longue et harassante, même si je n’ai jamais été inquiet, car j’étais persuadé qu’un jour viendrait où mon innocence serait établie. Je n’ai pas d’amertume, je n’en veux à personne, j’ai déjà pardonné. Maintenant que la justice sénégalaise m’a indiscutablement blanchi, je veux tourner la page.

Avez-vous côtoyé Karim Wade et ses autres complices présumés à la prison de Rebeuss ?

Non. Nous n’étions pas dans le même secteur. Il arrivait que l’on se croise, mais il était en permanence entouré de gardes et nous avions interdiction de nous parler. Même quand je suis sorti, on m’a interdit de rendre visite à tous ceux qui sont concernés par l’enquête. Je n’ai pas non plus été en contact avec le président Wade.

Dans l’entourage de Karim Wade, on affirme que vous avez été blanchi parce que vous l’avez chargé lors de vos auditions devant les juges. En gros, vous l’auriez balancé…

J’ai dit la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.

Quelle est-elle ?

Je ne peux pas être propriétaire d’un groupe dans lequel je ne détiens que 30% des parts. C’est mathématique.

Qui est le propriétaire de CD Médias ?

Karim Wade. Mais ce n’est pas un crime. Ce groupe n’a jamais été source de profits, au contraire, il a plus été source de coûts. (Devant les enquêteurs, Karim Wade a longtemps nié être le propriétaire de ce groupe, NDLR).

>> Lire aussi : "La déclaration-choc de Karim Wade face à la Crei"

Quand vous avez lancé ce groupe et notamment son titre phare : "Le Pays au quotidien", quel était l’objectif ?

C’était un objectif citoyen. Il s’agissait de faire un journal comme les autres, d’information générale.

Devait-il soutenir Karim Wade dans la perspective où il se présenterait à une élection ?

Non, pas forcément. Mais on soutenait sa cause. Il n’a pas créé ce journal pour se faire insulter !

Que pensez-vous du mode de fonctionnement de la Crei ?

Je n’ai rien à dire sur ce sujet.

Qu’allez-vous faire maintenant ?

J’ai des ambitions en Afrique de l’Ouest. Je réfléchis. Je vais soutenir ma thèse de doctorat en sciences politiques. J’ai eu le temps en prison de réfléchir sur les paradoxes de la consultation démocratique en Afrique.

Le contact est rompu avec Abdoulaye Wade, duquel vous étiez proche ?

Dans cette épreuve, je ne l’ai pas entendu. Je suis sorti voilà six mois, et je n’ai pas eu un seul coup de fil. Seule sa femme, Viviane, a rendu visite à mon épouse quand j’étais en prison. Cela me laisse perplexe.

_________

Propos recueillis par Rémi Carayol

 

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte