Politique

Algérie : en attendant que Bouteflika prête serment, Benflis crée son parti

Ali Benflis lors d'un meeting électoral le 5 avril 2014 à Batna.

Ali Benflis lors d'un meeting électoral le 5 avril 2014 à Batna. © AFP

Les seuls klaxons que l’on entendait à Alger, samedi 19 avril, étaient ceux des cortèges nuptiaux qui sillonnaient les artères de la capitale. Jeudi soir, avant même la proclamation officielle des résultats ainsi que durant la journée du vendredi, les partisans d’Abdelaziz Bouteflika, vainqueur du scrutin présidentiel avec le score brejnévien de 81, 53 % ont fait la fête avec défilés de voitures, lâchers de pétards et feux d’artifices.

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"Je voulais que Bouteflika remporte cette élection, explique Redouane qui a participé aux réjouissances de la veille. Peut-être, cette fois-ci, pourra-t-il nous donner du travail. J’ai voté pour lui car j’ai entendu dire que l’administration exige la carte d’électeur pour déposer un dossier de logement ou pour créer une entreprise. Le wali (préfet) d’Alger avant menacé les habitants de bidonvilles d’expulsions s’ils venaient à ne pas aller voter. Mieux vaut être prudent."

Diplômé en pétrochimie, Redouane 23 ans, est sans emploi depuis sa sortie d’un institut à Arzew, dans l’Ouest d’Algérie. Chauffeur de taxi travaillant au noir, le jeune homme a profité de la campagne électorale pour arrondir ses fins de mois. Dans le quartier du Val d’Hydra, sur les hauteurs d’Alger, il a monnayé ses services aux hommes de main des candidats Bouteflika et Ali Benflis. "Tous les deux jours, on me payait 2000 dinars (20 euros) pour coller des affiches ou pour les surveiller, poursuit le jeune homme. Bouteflika a remporté la présidentielle et moi j’ai gagné un peu d’argent. C’est toujours ça de pris dans cette campagne."

On aimerait bien que les élections se multiplient en Algérie. N’est-ce pas une bonne occasion pour les chômeurs de gagner un peu d’argent ?, note un chauffeur de taxi.

En faisant ses comptes, Redouane avoue avoir empoché 25000 dinars (250 euros), un peu plus que le salaire minimum, plafonné à 18000 dinars (180 euros). "C’est juste assez pour faire le plein d’essence pendant un mois et continuer à travailler, dit-il. On aimerait bien que les élections se multiplient en Algérie. N’est-ce pas une bonne occasion pour les chômeurs de gagner un peu d’argent ?"

Ce samedi 19 avril, l’heure était également aux réjouissances et aux remerciements pour la direction de la communication du candidat Bouteflika. Dans le salon de l’hôtel Al Djazaïr (Ex-Saint George), cette dernière a convié les représentants de la presse nationale qui a couvert durant trois semaines la campagne électorale du président sortant. Pour récompenser les journalistes qui ont accompagné les lieutenants de Bouteflika à travers le territoire national et à l’étranger, le staff leur a offert des tablettes tactiles. "C’est devenu une pratique courante lors des élections en Algérie, se justifie un journaliste qui a accepté cette offrande mais a refusé que l’on cite son nom. Il n’y a rien de choquant. Tous les candidats font la même chose et presque tous les journalistes acceptent des cadeaux de la part de responsables politiques ou d’entreprises publiques ou privées."

Benflis "en discussion avec les partis"

Dans le camp d’Ali Benflis, arrivé deuxième dans la course à la présidentielle avec 12,18 % des suffrages, on prépare déjà les échéances futures. Au lendemain de la proclamation des résultats par le ministre de l’Intérieur, le candidat et son équipe n’arrivent pas à digérer la défaite. S’ils accusent toujours l’administration d’avoir organisé une fraude massive au profit de Bouteflika et refusent de reconnaitre les résultats des urnes, ils ne se projettent pas moins dans l’avenir avec la création prochaine d’un parti politique.

"Ali Benflis est en discussion avec les partis politiques qui ont soutenu sa candidature pour constituer un front large autour de lui, explique à Jeune Afrique Lotfi Boumghar chargé de communication auprès de l’ex-candidat. Les discussions seront ensuite élargies aux autres acteurs politiques qui souhaiteraient rallier notre projet et le programme sur la base duquel Benflis a fait campagne."

Ces formalités achevées, le dossier et les statuts de cette nouvelle formation politique devront être déposés – dans les brefs délais, précise M. Boumghar -, auprès du ministère de l’Intérieur pour l’obtention de l’agrément. Ancien chef de gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika entre 2000 et 2003, Ali Benflis devra ainsi rompre définitivement avec son ancien parti, le FLN (Front de libération nationale), dont il fut député puis secrétaire général avant d’en être évincé peu de temps après s’être porté candidat à la présidentielle d’avril 2004.

Dans l’attente de l’annonce définitive des résultats par le Conseil Constitutionnel, les services de la présidence préparent, de leur côté, la dernière étape du processus de reconduction de Bouteflika à la tête de l’État : la prestation de serment, procédure obligatoire avant l’entrée en fonction du nouveau président.

L’article 75 de la Constitution stipule que "le Président de la République prête serment devant le peuple et en présence de toutes les hautes instances de la Nation, dans la semaine qui suit son élection." Comment Abdelaziz Bouteflika, qui a accompli son devoir électoral jeudi 17 avril sur un fauteuil roulant et sans faire de déclaration à la presse, s’y prendra-t-il pour prononcer, la main sur le coran, le texte intégral du serment ? Est-il en mesure de le lire alors qu’il éprouve encore des difficultés d’élocution suite à son AVC (accident vasculaire cérébral) survenu le 27 avril 2013 ? Le serment sera-t-il lu par une autre personnalité de l’État ? Suspense…

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Farid Alilat, envoyé spécial

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