Politique

Soudan du Sud : les rebelles commettent des massacres à caractère ethnique, selon l’ONU

Le chef des rebelles au Soudan du Sud, Riek Machar, le 14 avril 2014 à Nasir.

Le chef des rebelles au Soudan du Sud, Riek Machar, le 14 avril 2014 à Nasir. © AFP

Les rebelles sud-soudanais, partisans de l’ancien vice-président Riek Machar ont été accusés lundi par les Nations unies d’avoir massacré de « centaines de civils » sur des bases ethniques à Bentiu, dans le nord du pays.

Mis à jour à 11h51.

Le conflit armé sud-soudanais prend une tournure de plus en plus violente. À en croire l’ONU, des rebelles de Riek Machar ont tué des "centaines de civils" la semaine dernière dans la ville de Bentiu, capitale de l’État pétrolifère d’Unité. C’est l’un des plus importants massacres rapportés depuis le début des combats, qui ont éclaté le 15 décembre à Djouba au sein de l’armée entre troupes fidèles au président Salva Kiir et celles loyales à l’ancien vice-président Riek Machar, qui a nié en bloc, mardi, les accusations de l’ONU pourtant très précises.

Il y a "des empilements de corps alignés le long des rues, là où [les victimes] ont été exécutées, devant et dans des lieux de cultes – l’église et la mosquée – d’autres éparpillés sur la route, la majorité vêtus d’habits civils", a affirme, le 21 avril, Tony Lanzer, responsable des opérations humanitaires de l’ONU au Soudan du Sud, de retour de Bentiu, au nord du pays. Les victimes "ont été délibérément prises pour cibles", a-t-il ajouté. Quand les troupes de Riek Machar "ont pris Bentiu (…), elles ont fouillé un certain nombre d’endroits où des centaines de civils sud-soudanais et étrangers avaient trouvé refuge et ont tué des centaines de ces civils après avoir établi leur appartenance ethnique ou leur nationalité", a soutenu de son côté la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss).

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À la lutte au sein du régime entre Salva Kiir et Riek Machar, se greffent de vieux antagonismes entre peuple dinka et nuer dont sont respectivement issus les deux hommes. Une inimitié qui trouve en partie ses racines dans la guerre civile entre la rébellion sudiste et Khartoum (1983-2005), ayant débouché sur l’indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011.

Civils tués à l’hôpital

Dans une mosquée de Bentiu, où des centaines de personnes avaient trouvé refuge, "plus de 200 civils semblent avoir été tués et plus de 400 blessés", selon la Minuss. "À l’hôpital de Bentiu, des hommes, femmes et enfants nuer ont été tués parce qu’ils se cachaient et refusaient de rejoindre d’autres Nuer célébrer l’entrée" des rebelles dans la localité, ajoute la mission onusienne.

"Des individus d’autres communautés sud-soudanaises, ainsi que des Darfouris (habitants du Darfour, dans l’ouest du Soudan) ont été spécifiquement visés et tués à l’hôpital", a poursuivi la Minuss.

Les troupes antigouvernementales ont également tué certains des civils réfugiés dans l’église catholique et dans une enceinte abandonnée du Programme alimentaire mondial (PAM) après leur avoir demandé leur origine ethnique ou leur nationalité, selon l’ONU.

La Minuss a également dénoncé les appels à la haine diffusés sur Radio Bentiu par les nouveaux maîtres de la localité : "Certains chefs [rebelles] ont diffusé des messages appelant à l’unité et la fin du tribalisme, mais d’autres ont diffusé des appels à la haine", appelant notamment à chasser certaines communautés de Bentiu ou à violer leurs femmes.

"Un litre d’eau par personne"

"Le nombre de Sud-Soudanais réfugiés dans la base de l’ONU à Bentiu a pratiquement triplé depuis la prise de la localité, passant de 8 à 22 000 personnes", a indiqué Tony Lanzer. Les réfugiés n’y disposent désormais que "d’un litre d’eau par personne (par jour) et ce n’est pas suffisant dans la chaleur du Soudan du Sud", a-t-il expliqué.

Au total, la Minuss héberge désormais quelque 80 000 personnes sur ses huit bases du pays.

Plus de 30 000 hommes, femmes et enfants continuent de s’entasser dans des conditions catastrophiques sur les deux bases de Djouba, où l’on ne signale pas de combats, craignant d’être visées pour leur appartenance ethnique.

(Avec AFP)

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