Politique

Afrique du Sud : Mmusi Maimane, le Barack Obama de l’Alliance démocratique ?

Capture d'écran du clip de campagne de Mmusi Maimane. © YouTube/J.A.

À 33 ans, Mmusi Maimane est l'une des figures montantes de l'Alliance démocratique (DA), le principal parti d’opposition sud-africain. Candidat aux élections provinciales du 7 mai dans la région de Johannesburg, il espère infliger un important revers à l’ANC, ce qui lui ouvrirait la route de la présidentielle.

Silhouette élancée, démarche déterminée, sourire conquérant… En campagne depuis le début de l’année dans la province du Gauteng (la région de Johannesburg et Pretoria), Mmusi Maimane descend de son bus avec l’énergie et l’assurance de sa jeunesse (33 ans). Mais l’étoile montante de la Democratic Alliance (DA) de Helen Zille a une autre caractéristique : un style moderne et une communication branchée (voir son clip de campagne ci-dessous), très active sur les réseaux sociaux, qui rappellent furieusement ceux d’un certain… Barack Obama.

L’actuel président américain, dans sa campagne de 2008, avait choisi le slogan "Change we can believe in" (le changement, nous pouvons y croire) avec son doublon rhétorique "Yes we can" (oui, nous le pouvons). Le candidat au poste de gouverneur du Gauteng a, lui, préféré "We can win" (nous pouvons gagner), avec le mot-clé thématique "Believe" ("croire").

L’affiche de campagne de Mmusi Maimane pour 2014 et celle de Barack Obama en 2008. © DR

Des slogans que l’on voit en grosses lettres sur le van qui l’emmène sillonner plusieurs fois par semaine les routes de sa province. On les retrouve aussi sur les affiches de campagne avec un portrait du candidat en sérigraphie tendance pop-art, comme sur celles d’Obama pour sa première élection. "Nous voulons faire une campagne rafraîchissante et nouvelle pour l’Afrique du Sud : notre slogan est là pour restaurer l’espoir né de la libération de 1994 [1ères élections multiraciales, NDLR], pas pour copier Obama", se défend Maimane, qui espère tout de même surfer sur le rejet de Jacob Zuma, comme Obama en son temps sur celui de George W. Bush.

Mais la comparaison avec le "cousin d’Amérique" s’arrête là. Né à Soweto, Maimane a grandi dans le township où sa mère travaille toujours dans un supermarché tandis que son père touche sa retraite d’ouvrier. "J’ai la vie d’un Sud-Africain normal", estime le politicien, également fan de boxe et de football, grand supporteur des Kaizer Chiefs.

C’est surtout par opposition à l’actuel président sud-africain qu’il s’est construit en politique. "J’ai voté pour l’ANC en 1999 et 2004. Mais je pense que les choses ont commencé à se gâter quand ils ont poussé Thabo Mbeki à démissionner", explique celui qui n’a rejoint la DA qu’en 2009. Et dans ses discours, il concentre ses critiques sur Zuma et la corruption.

Dans ses discours, il concentre ses critiques sur Zuma et la corruption.

Le van de campagne fait une halte. Nous sommes à Sebokeng où, quelques jours plus tôt, la police a tiré sur des manifestants qui réclamaient l’accès à l’eau et l’électricité. Maimane descend au milieu de quelques dizaines de supporteurs. Il parle dans un anglais simple, accessible, et sans fioritures idéologiques… "Où est Jacob Zuma pendant que vous souffrez ici des brutalités policières ? Il se repose dans son palace de Nkandla", crie-t-il devant la petite audience acquise à sa cause.

"Pourquoi tiendrait-il ses promesses ?"

Quelques kilomètres plus loin, nouvelle halte. Cette fois, la foule ne s’est pas précipitée. Maimane ne laisse rien paraître de sa déception et entame son discours, alternant sotho et anglais. Certains applaudissent, d’autres non. "On a en marre de l’ANC, regardez où je vis. Je ne sais pas si je vais voter pour Maimane, pourquoi tiendrait-il ses promesses plus que les autres ?" réagit Ismail, assis avec sa femme et ses enfants dans la cour, devant son logement en tôle ondulée.

Selon l’analyste politique Ralph Matekga, le chemin est encore long pour Maimane. "Il a beau venir de Soweto et être un candidat noir, il se présente sous la bannière de la DA qui est encore perçu comme un parti blanc. Les Sud-Africains votent davantage pour un parti que pour une personne", estime-t-il.

Jusque là, le Gauteng reste une forte place de l’ANC. Mais lors des municipales de 2011, Mmusi Maimane avait réussi une percée remarquée en obtenant plus de 30% des voix à Johannesburg. Et dans une formation politique qui veut se départir de son image de parti blanc, Maimane a une bonne carte à jouer. "S’il perce dans le Gauteng, il aura de grandes chances d’être le leader du parti pour 2019", avance Mabine Seabe, son bras droit de 24 ans. L’intéressé, lui, refuse de voir plus loin que le scrutin du 7 mai. Pour l’instant.

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Pierre Donadieu, à Johannesburg

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