Culture

Lilian Thuram : « Il n’y a pas de sujet tabou, on peut et on doit parler de tout »

"Doit-on juger les gens sur la couleur de peau, la religion, l'ethnie, le genre ou la sexualité ?"

"Doit-on juger les gens sur la couleur de peau, la religion, l'ethnie, le genre ou la sexualité ?" © AFP

Invité aux 72 heures du livre de Conakry, l’ancien footballeur français Lilian Thuram est venu assurer la réédition de son essai « Mes étoiles noires, de Lucy à barack Obama ». L’occasion, dit-il, de « questionner et d’ouvrir le débat » sur les thèmes qui lui tiennent à coeur. Rencontre.

Jeune Afrique : Malgré l’épidémie d’Ebola qui sévit en Guinée – et contrairement à beaucoup d’invités étrangers – vous avez tenu à participer aux 72h du Livre de Conakry, du 23 au 25 avril. Pourquoi ?

Lilian Thuram : C’était important pour moi d’être là, tout simplement. On entend effectivement beaucoup de choses dans la presse, mais on sait aussi que cette dernière n’est pas toujours réaliste. Souvenez-vous du traitement médiatique de la crise des banlieues en 2005 par les télévisions américaines… On avait l’impression que la France était en pleine guerre civile ! Dans le cas de la Guinée, il faut donc relativiser les choses. Certes, il y a des gens malades, mais ceux-ci sont traités dans les hôpitaux et les modes de transmission de la maladie sont très spécifiques.

Vous êtes venu, entre autres, pour présenter une nouvelle version de Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama, ouvrage sorti en France en 2010, qui retrace le parcours de grandes personnalités historiques noires. Pourquoi cette réédition ?

Elle est principalement due à la volonté d’éditeurs africains qui ont voulu le faire découvrir sur le continent. Nous avons travailler avec eux, au travers de la fondation – [Fondation Lilian Thuram – Education contre le racisme, NDLR] pour que cet ouvrage soit vendu à un prix accessible dans une douzaine de pays africains et en Haïti. 

Comment est accueilli l’ouvrage par les différents publics africains ?

Comme en France, il y a beaucoup d’étonnement par rapport aux différents personnages, à leurs histoires, à leurs parcours. Que ce soit en Afrique ou en Europe, ces derniers sont pour la plupart presque inconnus. Et cela nous amène à questionner nos imaginaires à tous.

En Guinée, vous n’avez pas hésité à aborder, devant des salles pleines, des sujets sensibles comme le sexisme, l’homophobie, l’ethnocentrisme. Pour vous, on peut parler de tout et partout ?

Il n’y a pas de sujet tabou. On peut parler de tout et on doit parler de tout. Je ne prétends pas détenir la vérité et ne m’attends pas non plus à obtenir l’unanimité en discutant de ce type de sujets. Seulement, il faut mener certaines réflexions : "Doit-on juger les gens sur leur couleur de peau, leur religion, leur ethnie, leur genre ou leur sexualité ?"

Il n’y a pas de précautions à prendre, il s’agit de questionner et d’ouvrir le débat. Il n’y a pas non plus de contexte plus ou moins approprié. Lorsqu’il a fallu donner la liberté aux esclaves, ou le droit de vote aux femmes, il y a en toujours eu pour dire que ce n’était pas le moment. C’est la même chose aujourd’hui pour le droit des homosexuels.

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Propos recueillis à Conakry par Haby Niakaté

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