Sécurité

Côte d’Ivoire : la lutte contre la piraterie au coeur du salon Shield Africa

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Simulation de combat lors de l’ouverture du salon Shield Africa, le 6 mai.

Simulation de combat lors de l'ouverture du salon Shield Africa, le 6 mai. © Émilie Régnier

La deuxième édition du Shield Africa, le salon international de la Défense et de la sécurité intérieure, s’est achevé jeudi à Abidjan. Pendant trois jours, la question de la sécurité maritime fut au cœur des discussions entre la quarantaine d’exposants présents et les quinze délégations ministérielles africaines.

Comment juguler la piraterie maritime du golfe de Guinée ? C’est à cette question qu’ont tenté de répondre des professionnels de la sécurité et une quinzaine de délégations ministérielles présentes à la deuxième édition du Shield Africa, le salon international de la Défense et de la sécurité intérieure. Plusieurs conférences et des rencontres bilatérales entre les ministres de la sous-région ont notamment eu lieu.

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Pour la plupart des experts et acteurs de la région, la sécurité maritime est devenue l’une des priorités des gouvernements. Et pour cause : depuis 2010,  près de 20 000 tonnes de produits pétroliers, d’une valeur de 100 millions de dollars, ont été détournés. Les attaques de navire déclarées par les armateurs (elles seraient en réalité trios fois plus nombreuses) se montent à 154 en 2013, soit une hausse de 30 % en un an.

Dans une région qui abrite l’un des grands gisements de pétrole en haute mer (24 milliards de barils, 4,5 % des réserves mondiales) et où circulent d’importants flux maritimes, cette situation est aujourd’hui l’objet de toutes les intentions.

Les attaques de navire déclarées par les armateurs ont augmenté de 30% en un an.

Car pour les gouvernants de la région les pertes sont importantes. Plus de 80 % des activités économiques des pays du golfe de Guinée dépendent des ports. Et en 2012, le contenu des cargaisons de pétroles volées a été évalué entre 34 et 101 millions de dollars.

Les premières mesures fortes commencent à voir le jour.  Réunis en février à Yaoundé (Cameroun), les dirigeants de la Cedeao (Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest), de la CEEAC (Communauté économique des états d’Afrique centrale) ont approuvé une série de documents communs tout en lançant un appel à l’aide internationale et à la cohésion africaine.

À Yaoundé, les chefs d’État se sont engagés, dans une « Déclaration politique », à lutter contre la criminalité maritime organisée transnationale sous toutes ses formes dans le Golfe de Guinée. Ils ont également approuvé un « Mémorandum d’entente » sur la sûreté et la sécurité maritimes ainsi qu’un « Code de conduite » concernant la prévention et la répression de la piraterie et des vols à main armée (équivalent du code de Djibouti signé pour l’est africain en 2008).

Obstacles


Kiosque Airbus présenté lors du salon. © Emilie Régnier pour J.A.

Un certain nombre d’obstacles rendent la mise en œuvre de ces décisions compliquées. Il y a d’abord la question des moyens. La piraterie impose d’énormes dépenses que les armateurs sont parfois réticents à assurer. Au niveau étatique, il y a de fortes disparités entre les différents pays. L’aide internationale est donc primordiale. Les États-Unis, la France, mais aussi Israël, la Chine et la Russie proposent ainsi leur assistance aux marines nationales des États côtiers.

L’Union européenne, elle, a investi 4,5 M€ dans son programme Routes maritimes critiques du Golfe de Guinée (Crimgo) pour conseiller les États et les organisations régionales dans leur architecture de sûreté maritime.

>> Sommet de l’Élysée : il faut créer un fonds spécial pour la sécurité en Afrique

Face à ces défis, les sociétés privées sont de plus en plus souvent appelées à opérer à bord des navires. Problème : le cadre juridique entourant leurs interventions est encore flou. « Nous avons besoin de textes de lois pour clarifier les règles d’utilisation des armes à feu et pour définir les contours du travail des sociétés privés afin qu’elles puissent exercer en toutes légalité », explique Philippe Giannuzi, responsable de la sécurité maritime chez Geos.

Les différents acteurs doivent également s’adapter à l’évolution des pratiques des pirates dans le golfe de Guinée. Ces derniers sont de plus en plus violents et sont passés de la pure prédation à la prise d’otage. Dans la nuit du 29 au 30 avril, un marin et deux assaillants ont été tués dans l’attaque d’un un petit pétrolier au large de Port Harcourt. Le même navire avait déjà été attaqué au Nigeria en décembre 2012. Cinq marins avaient été enlevés puis relâchés rapidement.

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Vincent Duhem, à Abidjan

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