Société

Port du hijab : les Iraniennes se dévoilent et la société s’écharpe

Depuis début mai, des dizaines de milliers de femmes ont choisi les réseaux sociaux afin de protester contre la législation imposant le port du hijab en Iran. Parti de Grande-Bretagne, le mouvement gêne aujourd’hui la République des mollahs et ses conservateurs.

Mis à jour le 12 mai 2014 à 17:15

Photo postée sur la page Facebook contre le port obligatoire du hijab. © DR

Elles sont déjà 130 000 à avoir rejoint le mouvement sur Facebook. Lancé début mai sur Twitter par une journaliste iranienne résidant au Royaume-Uni, Masih Alinejad, le mouvement des femmes d’Iran contre le port obligatoire du hijab prend de l’ampleur. La page Facebook créée pour l’occasion regroupe aujourd’hui 130 000 fans.

"Toutes les filles et les femmes iraniennes ont affaire à des restrictions et ne peuvent pas choisir librement leurs tenues. Malgré ces limites, elles expérimentent parfois de brefs moments de liberté. Cette page a pour vocation d’enregistrer ces moments", écrit Masih Alinejad sur Facebook. Résultat, une grande partie des photos postées montre des femmes sans voile devant des écriteaux prônant le strict respect du port du hijab, interdit entre 1936 et 1969 mais rendu obligatoire depuis la révolution islamique sur décision de l’Ayatollah Komeyni.

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L’article 638 du code pénal, révisé en 1996, stipule que les femmes qui apparaissent en public "sans porter une couverture religieusement acceptable" sont passibles d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à deux mois. Auparavant, elles risquaient une simple amende.

Réaction des conservateurs

En réaction au succès de l’initiative, plusieurs centaines de personnes issues de milieux très conservateurs ont manifesté, le 7 mai dernier, à Téhéran. Arrivés devant le Ministère de l’Intérieur, ils ont ainsi "exhorté les autorités à se pencher sur la situation du hijab et de la chasteté dans la société", a indiqué l’agence officielle Irna.

"Préserver la chasteté publique, respecter le hijab islamique et la sécurité morale sont des sujets cruciaux qui ne doivent pas être oubliés au prétexte de sanctions économiques ou d’un changement de gouvernement (…) Il y a des gens qui se désintéressent complètement du hijab islamique", ont-ils dénoncé dans un communiqué.

Rohani, ce modéré ?

Officiellement interdite par les autorités, cette manifestation des conservateurs illustre le débat qui agite la société iranienne en particulier depuis l’élection du nouveau président, considéré comme modéré, Hassan Rohani. Contrairement à son prédécesseur, Mahmoud Amadinejad, celui-ci a notamment promis à de nombreuses reprises de donner davantage de "libertés individuelles".

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En particulier, Hassan Rohani s’était engagé à suspendre l’Unité de moralité, la Gashte Ershad, police spéciale mise en place en 2005 pour faire respecter le code vestimentaire obligatoire pour les femmes. Enfin, en octobre, il avait demandé à la police de faire preuve de tolérance au sujet du hijab

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Par Mathieu OLIVIER