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Burundi: une fillette de six ans dernière victime de la chasse aux albinos

Une fillette albinos de six ans a été assassinée dans la nuit de dimanche à lundi au Burundi, dernière victime d’une série de crimes atroces d’albinos dans certains pays d’Afrique de l’Est, où ils sont la proie d’un trafic lucratif d’organes destiné à des sorciers.

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Mis à jour le 17 novembre 2008 à 14:44

« Un groupe de bandits armés de fusils a attaqué hier à 21h00 (19h00 GMT) la maison d’une albinos de six ans du nom de Cizanye à Bugongo (220 km à l’est de Bujumbura). Ces malfaiteurs l’ont décapitée avant de couper ses jambes et ses bras, qu’ils ont emportés avec eux », a déclaré l’AFP par téléphone Rémi Sengiyumva, administrateur de la commune de Kinyinya où s’est déroulé le drame.

Avec ce nouvel assassinat, au moins 28 albinos, majoritairement des femmes et des enfants, ont été tués dans différents pays de l’Afrique de l’Est depuis le début de l’année, selon un bilan établi à partir de données de l’Association tanzanienne des albinos (TAS). La Tanzanie est le pays le plus touché par ce fléau.

L’albinisme est une absence totale de pigmentation dans la peau, le système pileux et l’iris des yeux, due à des facteurs génétiques.

Au Burundi, « cette fillette est la troisième victime albinos de cette barbarie depuis septembre (. . . ) Nous faisons tout pour tenter de retrouver ses assassins », a assuré à l’AFP Nicodème Gahimbare, procureur de la province de Ruyigi, frontalière de la Tanzanie.

Un homme et une jeune fille atteints d’albinisme ont été tués dans les mêmes circonstances dans la province fin septembre pour des motifs qui seraient liés à la sorcellerie.

Selon le président de l’Association des albinos du Burundi, Kassim Kazungu, deux autres albinos ont été en août et un autre est porté disparu depuis mai.

Ces crimes avaient poussé les autorités à regrouper tous les albinos de la province de Ruyigi, pour assurer leur protection.

« Certains responsables administratifs n’ont pas pris au sérieux cette affaire et n’ont pas placé sous protection les albinos de leur ressort (. . . ) c’est ce qui explique sans doute le drame d’hier », a regretté M. Gahimbare.

Les albinos sont devenus la cible de crimes rituels, leurs membres ou leurs organes étant notamment utilisés par des sorciers en Tanzanie, pour confectionner des grigris porte-bonheur à l’attention des chercheurs d’or.

« Ces parties du corps sont vendues en Tanzanie. Ces gens disent qu’ils vont gagner 600 millions de shillings (380. 000 euros) pour chaque corps d’albinos », selon le procureur burundais.

Pour sa part, M. Kazungu a estimé que les autorités auraient pu faire davantage pour protéger les albinos du Burundi.

« Je demande au gouvernement de prendre toutes les mesures urgentes et appropriées afin d’assurer la sécurité de tous albinos qui vivent au Burundi, (. . . ), ce qui n’a pas été fait jusqu’ici », a-t-il déclaré lundi.

Face à ce phénomène, le président tanzanien Jakaya Kikwete avait lancé en octobre un nouvel appel à intensifier la répression.

« Il est parfaitement stupide pour certains de croire que les albinos ont des pouvoirs magiques et que certaines parties de leur corps peuvent rendre riche », avait-il déclaré.

Le 2 avril, M. Kikwete avait déjà annoncé une série de mesures destinées à protéger les albinos.

Dans le cadre de ces mesures, la police avait été appelée à redoubler d’efforts pour retrouver les sorciers soupçonnés de ces crimes tandis que les albinos avaient reçu l’instruction de s’enregistrer auprès des autorités afin qu’elles puissent assurer leur sécurité.

Selon les autorités tanzaniennes, une cinquantaine de personnes soupçonnées d’être impliquées dans ces meurtres ont été arrêtées en Tanzanie lors des douze derniers mois.