Politique

L’ONU accuse la rébellion qui dénonce les « provocations » de l’armée

L’ONU a accusé lundi la rébellion de Laurent Nkunda d’avoir violé son propre cessez-le-feu en s’emparant de plusieurs localités de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où l’armée multiplie les « provocations », selon les rebelles.

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Mis à jour le 17 novembre 2008 à 07:49

Carte de localisation des violences en RDC

La rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) a lancé dimanche des attaques et « pris le contrôle » de plusieurs petits villages, selon la Mission des Nations unies en RDC (Monuc), alors que le même jour elle réaffirmait, devant l’envoyé spécial de l’ONU Olusegun Obasanjo, respecter le cessez-le-feu qu’elle a décrété le 29 octobre.

Les localités prises dimanche, dont Rwindi, sont situées à une centaine de kilomètres au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, et en périphérie sud-est de la ville stratégique de Kanyabayonga, verrou vers le nord de la province.

La Monuc a dénoncé « les actes de violations enregistrés sur le terrain et invité les parties à respecter le cessez-le-feu pour ne pas aggraver davantage la situation humanitaire », en référence au cessez-le-feu unilatéral décrété par la rébellion.

De son côté, le CNDP a justifié son avancée par les « provocations » de l’armée régulière qui, en trois jours, aurait « multiplié les attaques sur ce secteur » de Rwindi.

Lundi, ces « provocations » se seraient poursuivies à Vitshumbi, à une quinzaine de km au nord-est de Rwindi, selon le CDNP, mais pour la Monuc, la situation est restée calme toute la journée.

Le CNDP a assuré faire preuve « de retenue » et ne pas avoir « répondu aux tirs adverses, car il tient à respecter le cessez-le-feu afin de donner pour la énième fois une chance à la paix », au lendemain de la rencontre entre son chef Laurent Nkunda et M. Obasanjo.

A l’issue de l’entretien entre les deux hommes en zone rebelle, M. Nkunda avait affirmé vouloir négocier un cessez-le-feu avec le gouvernement. L’ancien président nigérian avait pour sa part annoncé être parvenu à un accord avec le chef du CNDP pour la création d’un comité tripartite de surveillance de la cessation des hostilités.

Aucun cessez-le-feu n’a encore été conclu entre armée et rebelles depuis la reprise des combats à grande échelle fin août dans la province du Nord-Kivu.

A Nairobi lundi, à l’issue de ses consultations en Angola, en RDC et au Rwanda, M. Obasanjo a assuré que l’ex-général Nkunda serait prêt à réintégrer l’armée congolaise en échange de garanties internationales.

Selon l’émissaire onusien, le chef rebelle, qui a pris les armes notamment après l’échec de l’intégration de ses hommes au sein de l’armée congolaise, « discute » de nouveau « de l’intégration de ses soldats dans l’armée nationale ».

« Il est même prêt à continuer à servir dans l’armée », a ajouté M. Obasanjo, sans préciser cependant les conditions de ce retour dans les rangs des forces gouvernementales.

Accolades, chaleureuses poignées de main et passage en revue des troupes. . . la rencontre dimanche entre M. Nkunda et l’ancien président nigérian et personnalité phare en Afrique est apparue comme une forme de première reconnaissance internationale pour le général mutin.

Le gouvernement congolais s’est refusé à tout commentaire, disant dans l’immédiat « attendre le rapport » de l’envoyé spécial de l’ONU avant de se prononcer.

Une partie de la presse kinoise dénonçait cependant lundi l’entrevue comme une « reconnaissance de la République de Nkunda » par M. Obasanjo, qui a « étalé au grand jour sa sympathie pour le CNDP », selon les termes du quotidien L’Avenir (pro-gouvernemental).

La justice militaire a par ailleurs condamné lundi quatre soldats à la prison à vie pour leur implication dans des pillages perpétrés fin octobre à Goma, alors que la rébellion avançait sur la ville.