Politique

Arrestation Kabuye: Kouchner tente de rassurer sur les relations Paris-Kigali

Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a jugé que les relations franco-rwandaises ne s’aggraveraient pas après la mise en examen de Rose Kabuye, une proche du président Kagame, qui s’est dite « très surprise » de son arrestation.

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Mis à jour le 21 novembre 2008 à 15:49

Plusieurs sources proches du dossier se sont étonnées des circonstances de l’arrestation en Allemagne de cette femme de 47 visée par un mandat d’arrêt délivré par la justice française alors que les juges s’apprêtaient à clore leur enquête sur l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994.

Des parties civiles se sont quant à elles dites surprises de sa remise en liberté sous contrôle judiciaire après sa mise en examen mercredi pour complicité d’assassinats et association de malfaiteurs, le tout en relation avec une entreprise terroriste, passibles de la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour Philippe Meilhac, avocat de la veuve du président Habyarimana, elle même visée par une enquête pour complicité de génocide, "on cherche à saboter cette instruction dans le but de ne pas trop aggraver les relations diplomatiques" entre la France et le Rwanda.

Interrogé par l’AFP sur une possible aggravation de relations, déjà tendues, entre Paris et Kigali, après la mise en examen de la chef du protocole du président Paul Kagame, M. Kouchner a répondu : "J’espère que non et je crois le contraire".

"Le plus important, (c’est) le rétablissement de relations normales avec le Rwanda et que le lourd malentendu, très lourd, soit levé", a déclaré M. Kouchner, en déplacement à Addis-Abeba.

Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rompues après l’émission de neuf mandats d’arrêts internationaux en novembre 2006.

Soupçonnée d’avoir encadré à Kigali le commando qui devait abattre, selon les juges français, l’avion présidentiel provoquant le mort de 12 personnes, Rose Kabuye était visée par l’un des mandats.

Elle a été arrêtée le 9 novembre à l’aéroport de Francfort alors qu’elle préparait une visite privée de Paul Kagame. Selon le ministère allemand des Affaires étrangères, elle avait été prévenue qu’elle risquait d’être interpellée si elle posait le pied en Allemagne.

Rose Kabuye a contredit vendredi cette affirmation, disant avoir été "très surprise d’être arrêtée" alors qu’elle disposait d’un passeport diplomatique et d’une lettre de mission de son gouvernement.

"Personne ne voudrait quitter son pays et sa famille pour être arrêté. Donc je ne suis absolument pas venue (en Allemagne, ndlr) pour être arrêtée", a-t-elle déclaré vendredi à la presse.

"Vous auriez du me voir quand j’ai été arrêtée, quand j’ai appelé mes enfants, sachant que je ne les reverrai pas avant longtemps. Quand vous êtes innocent, c’est un sentiment très désagréable ", a-t-elle confié.

Si elle a acceptée d’être si rapidement transférée en France, c’est pour "prouver (son) innocence" et parce qu’elle avait conscience que ce mandat d’arrêt constituerait une épée de Damoclès "au-dessus de sa tête jusqu’à (sa) mort".

Refusant d’évoquer le fond du dossier et l’état des relations franco-rwandaises, Mme Kabuye n’a pas voulu évoquer l’attentat, signal déclencheur du génocide qui a fait 800. 000 morts selon l’ONU.

"Je ne suis pas une enquêtrice, je ne suis pas chargée de trouver qui a tiré sur (l’avion de) Habyarimana", a-t-elle lancé.