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Zimbabwe : Mugabe incapable de résoudre la crise, accusent Annan et Carter

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Mis à jour le 6 décembre 2008 à 09:00

Kofi Annan, Jimmy Carter et d’autres personnalités éminentes du groupe The Elders (Les Anciens) ont accusé dimanche Robert Mugabe d’être incapable de résoudre la grave crise humanitaire au Zimbabwe, en proie à une épidémie de choléra qui déjà fait près de 600 morts.

Ce groupe réunissant douze anciens chefs d’Etat et grandes figures du militantisme pour la paix et les droits de l’homme, lancé par Nelson Mandela en 2007, a publié dimanche à Johannesburg un rapport accablant pour le régime Mugabe.

« Ce gouvernement n’a pas démontré qu’il était capable de sortir le pays de la crise en cours », a déclaré M. Annan, cité dans le document.

« Il faut accélérer le processus de transition politique vers un gouvernement d’union et j’appelle les dirigeants de la SADC (la Communauté de développement d’Afrique australe) à faire pression plus activement en ce sens », a ajouté l’ancien secrétaire général de l’ONU.

Cette pression émanant de personnalités respectées de la scène internationale s’ajoute à celle de plus en plus vigoureusement exercée sur le président Mugabe par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui ont réclamé son départ.

L’Union européenne, pour sa part, a menacé de renforcer ses sanctions en raison de l’échec des négociations pour former un gouvernement d’union avec l’opposition.

Pour l’ancien président américain Jimmy Carter, également cité dans le rapport, « le régime (zimbabwéen) est dans le déni de ce qui se passe dans le pays ». « L’épidémie de choléra a montré à quel point la situation était devenue grave au Zimbabwe », déplore-t-il.

Si le dernier bilan de l’ONU fait état de 575 morts et de 12. 700 personnes infectées par le choléra, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a estimé dimanche que le bilan réel était nettement plus lourd, et redoute un quintuplement du nombre de cas à 60. 000 personnes.

L’Afrique du Sud, où des cas de choléra sont apparus, doit envoyer lundi une délégation officielle au Zimbabwe pour évaluer la situation sanitaire, et une réunion d’urgence de plusieurs ministres de la Santé et de l’Eau de la SADC doit avoir lieu jeudi à Johannesburg.

« Les Zimbabwéens sont les premières victimes de l’incapacité de leur gouvernement, mais toute la région va en payer le prix », avertit le rapport des Anciens. « Trois à quatre millions de personnes ont fui le pays, vers l’Afrique du Sud, le Botswana, le Mozambique et la Grande-Bretagne », « la détérioration du système de santé et des infrastructures de distribution d’eau ont provoqué une épidémie de choléra qui risque de s’étendre à l’échelle régionale ».

Avant de rédiger ce rapport, les Anciens ont rencontré pendant trois jours à Johannesburg des responsables politiques, de la société civile et du monde des affaires zimbabwéens, ainsi que des travailleurs humanitaires et des responsables des agences de l’ONU.

Kofi Annan, Jimmy Carter et la militante des droits de l’homme Graça Machel, épouse de Nelson Mandela, avaient voulu se rendre au Zimbabwe en novembre, mais s’étaient vu refuser leurs visas par les autorités de Harare qui les avait accusés de comploter pour renverser Mugabe.

« Nous nous attendions à une situation bien sombre, mais cela va bien au-delà de ce que nous imaginions », a déclaré Mme Machel, également citée dans le rapport.

« J’aimerais que tous les dirigeants de la SADC se rendent au Zimbabwe pour évaluer par eux-mêmes la situation humanitaire. Les responsables zimbabwéens n’arrivent pas à faire face et la région ne peut pas ignorer plus longtemps les souffrances de millions de personnes », a-t-elle dit.

Le rapport des Anciens appelle à augmenter d’urgence l’aide humanitaire au Zimbabwe, qui nécessite nourriture et assistance médicale.

Les Anciens doivent rencontrer le président français Nicolas Sarkozy lundi à Paris, à l’occasion des cérémonies du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme.