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Guadeloupe: un homme tué par balle, plusieurs blessés par armes à feu

La nouvelle flambée de violence qui a touché la Guadeloupe dans la nuit de mardi à mercredi a fait un mort, le premier en plus de quatre semaines de conflit, tandis que les affrontements de rue ont fait plusieurs blessés par armes à feu parmi les forces de l’ordre.

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Mis à jour le 18 février 2009 à 15:50

Jacques Pino, un syndicaliste qui revenait en voiture d’un meeting, a été atteint par une balle tirée "depuis un barrage tenu par des jeunes" dans la cité Henri IV, une zone sensible de Pointe-à-Pitre, selon la cellule de crise de la préfecture. Un témoin qui accompagnait la victime est actuellement auditionné par la police judiciaire.

C’est en accompagnant des pompiers venus porter secours à la victime que trois policiers ont été légèrement blessés dans la soirée, par des tirs provenant "vraisemblablement d’une arme de chasse", a encore indiqué la cellule de crise.

L’homme décédé était membre du "collectif contre l’exploitation" (LKP), qui mène la grève générale paralysant l’île depuis le 20 janvier.

Le leader du LKP, Elie Domota, a affirmé à l’AFP n’avoir pas encore connaissance des circonstances exactes de la mort de la victime.

Le conflit, mené au nom de la vie chère, cristallise un profond malaise économique et social, sur un fond historique marqué par l’esclavage. Jusqu’à 03H00 (08H00 à Paris) mercredi, Pointe-à-Pitre, la principale agglomération de Guadeloupe, et d’autres localités ont connu de nombreux pillages, tandis que des barrages, parfois enflammés, étaient érigés dans les rues désertées par les habitants.

Le bilan de la préfecture fait état de 15 commerces pillés, 7 établissements incendiés, 21 véhicules brûlés, 13 interpellations et une soixantaine d’interventions de pompiers.

Côté forces de l’ordre, la préfecture a établi un total de trois policiers blessés. Mais le maire de Baie-Mahault (10 km de Pointe-à-Pitre), Ary Chalus, a pour sa part affirmé que trois gendarmes avaient été légèrement blessés dans sa ville par des jeunes armés de fusils à pompe, qui avaient tiré à balles réelles en direction des forces de l’ordre au cours de violentes échauffourées.

"On risque d’avoir des familles endeuillées, il y a des enfants de 15 ans qui sont en train d’affronter les gendarmes", a poursuivi le maire, parlant de scènes de "chaos" dans sa ville.

La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie doit tenir mercredi à 16H00 une réunion "consacrée à la sécurité publique aux Antilles". Ce rendez-vous sera désormais quotidien, a précisé le ministère dans un communiqué.

Elie Domota et le gouvernement ont par ailleurs lancé des appels au calme. "Ne mettez pas votre vie en danger, ne mettez pas la vie des autres en danger", a demandé en créole le leader du LKP, sur la radio RCI. Mais il a qualifié de "provocation" les actions des forces de l’ordre, demandant au préfet de "retirer ses gendarmes" et accusant ceux-ci de racisme. Cité par Libération, il accusait même les autorités de vouloir "casser du nègre".

Et sur RTL, il a accusé le gouvernement de s’être mis aux abonnés absents et de considérer la Guadeloupe comme une "colonie" traitée avec "mépris".

Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a lui aussi lancé un "appel au calme" sur Europe 1, estimant que "la place des uns et des autres, est davantage autour de la table que sur les barricades".

Les négociations sont pourtant au point mort, le LKP accusant le gouvernement d’être revenu sur un engagement du secrétaire d’Etat à l’Outre-mer Yves Jégo de compenser une hausse des bas salaires par des baisses de charges.

La Guadeloupe est restée mobilisée mardi, avec des barrages improvisés et une fermeture temporaire de l’aéroport, perturbant la vie quotidienne des habitants de l’île et des touristes