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Spécial Guinée Bissau: Le président Vieira assassiné

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Société

Le chef d’état-major de l’armée tué dans un attentat

Le chef d’état-major des forces armées de Guinée-Bissau a été tué, dimanche soir à Bissau, dans un attentat à la bombe contre le quartier général de l’armée, trois mois après une attaque nocturne contre la résidence du président de ce pays ouest-africain très instable.

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Mis à jour le 1 mars 2009 à 22:23

Le président Joao Bernardo Vieira le 16 novembre 2008 à Bissau

L’attentat a fait cinq autres blessés, dont deux graves, selon diverses sources militaires.

"Le général Tagmé Na Waié était dans son bureau quand la bombe a éclaté. Il a été grièvement atteint et n’a pas survécu à ses blessures", a annoncé son chef de cabinet, le lieutenant-colonel Bwam Nhamtchio, en pleurs lorsque l’AFP l’a joint par téléphone.

Le général avait affirmé, en début d’année, avoir fait l’objet d’une tentative d’assassinat.

Il a été tué en activité comme l’avait été son prédécesseur, le général Verissimo Correia Seabra, tué par balles par des militaires en octobre 2004.

L’explosion de la bombe, de "forte puissance" selon plusieurs militaires sur place, s’est produite vers 20h00 (locales et GMT).

Selon l’un des garde de corps du général, témoignant anonymement auprès de l’AFP, l’engin était placé sous l’escalier menant au bureau du chef d’état-major et la déflagration a provoqué l’effondrement d’une bonne partie de l’édifice principal du QG des forces armées.

"Il était 19h45 quand nous sommes arrivés à l’état-major", a relaté le garde du corps, contacté au téléphone. Le chef d’état-major est passé par l’escalier. A peine était-il monté sur les premières marches que la bombe a été actionnée. Il a été mortellement atteint".

"Un de mes collègues qui tenait son cartable a également été grièvement blessé", a poursuivi cet officier, sous couvert de l’anonymat.

Aussitôt après la déflagration, un groupe d’officiers conduit par le commandant Samuel Fernandes a fait le tour des radios locales pour demander la suspension immédiate des programmes, ont constaté des journalistes bissau-guinéens.

"Arrêtez les programmes, fermez vos stations, jusqu’à ce que nous ayons toutes les informations sur ce qui s’est passé à l’état-major. C’est également pour des raisons de sécurité personnelle pour vous, journalistes", a déclaré l’officier.

L’attentat meurtrier s’est produit après d’autres actes de violences commis ces quatre derniers mois dans un contexte de profondes divergences entre l’armée, la présidence et le ministère de l’Administration interne.

Le 23 novembre, un groupe de militaires avaient attaqué, de nuit, la résidence du chef de l’Etat, Joao Bernardo Vieira (dit "Nino"), à Bissau, faisant deux morts au sein de sa garde.

Début janvier, le général Na Waié avait affirmé avoir échappé à une tentative d’assassinat. Selon lui, des soldats en faction à la présidence avaient ouvert le feu au passage de sa voiture devant le palais présidentiel.

Le chef d’état-major avait alors exigé que tous les soldats affectés à la présidence, formant selon lui une "milice", soient relevés de leur poste.

Trois soldats avaient ensuite été arrêtés, appartenant à un groupe nommé "aguentas", formé à Conakry pendant la guerre civile de 1998-1999 en Guinée-Bissau pour soutenir le président "Nino" qui faisait alors face à un soulèvement d’une partie de son armée.

Coups d’Etat, tentatives de coups de force et mutineries ont ponctué l’histoire de la Guinée-Bissau, ex-colonie portugaise, depuis son indépendance en 1974.

Le général Na Waié devait se rendre lundi au sommet des chef d’état-major de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à Praia.

En 2004, son prédécesseur, le général Verissimo Correia Seabra, avait été arrêté par des militaires et criblé de balles dans son bureau en même temps que l’intendant général des armées. Cet assassinat avait alors été mené par un groupe de soldats de maintien de paix, rentrant du Liberia, revendiquant leur primes et soldes.