Économie

Awel Busera : « Nous sommes la première compagnie ouest-africaine rentable »

Droits de trafic, partenariat avec Ethiopian Airlines, objectifs de croissance : Awel Busera, qui a pris la tête d’Asky Airlines en 2010, revient sur les grands axes de la stratégie de l’entreprise.

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Mis à jour le 11 octobre 2013 à 18:35

L’ancien vice-président commercial d’Ethiopian Airlines dirige Asky Airlines depuis son lancement, en 2010. © Jean-Claude Abalo/JA

Awel Busera a quitté la direction d’Asky Airlines, le 27 septembre 2013, remplacé au poste de directeur général par Yissehak Zewoldi. Il est désormais Chief Commercial Officer (CCO) de Ethiopian Airlines.

Imaginé pour prendre le relais du défunt Air Afrique, Asky a trouvé son public et affiche des résultats financiers encourageants. Ses comptes devraient être à l’équilibre en 2014. À sa tête depuis le premier jour, Awel Busera est le grand artisan de cette réussite. Alors que sa compagnie projette d’étendre son offre en lançant une activité de fret et planifie déjà ses premiers vols hors du continent, l’ancien vice-président commercial d’Ethiopian Airlines livre son analyse à Jeune Afrique.

Propos recueillis par Sébastien Dumoulin

JA2751p088 infoJeune Afrique : En trois ans, vous n’avez pas hésité à multiplier les ouvertures de lignes.

Awel Busera : Tout à fait. L’ambition d’Asky était de résoudre les problèmes de transport aérien dans la sous-région. Aujourd’hui, nous desservons 23 destinations en comptant Bissau, mise en service le 15 septembre. À l’exception de Praia et Malabo, que nous ouvrirons prochainement, nous assurons la connexion entre Lomé et toutes les capitales de la sous-région. Les principales font même l’objet d’une desserte quotidienne, qu’il s’agisse d’Abidjan, Ouagadougou, Niamey, Lagos, Accra, Douala, Dakar, Conakry ou N’Djamena. Notre objectif – relier ces villes entre elles – est rempli. Même pour les destinations les plus compliquées comme Bangui ou Bissau, il n’est plus nécessaire de passer par Addis-Abeba, Nairobi, Casablanca ou même Paris, comme cela arrivait fréquemment il y a quelques années.

Qu’en est-il de vos résultats opérationnels ?

Dès la première année, nous avons accueilli 179 000 passagers. Ce chiffre a crû régulièrement et nous comptons finir l’année 2013 à plus de 540 000 passagers. En termes de revenus, notre chiffre d’affaires s’élevait à 18,7 milliards de F CFA [28,5 millions d’euros] en 2010 et nous terminerons l’année autour de 70 milliards de F CFA. Nous ferons donc du profit avant la fin de l’année. Selon les lignes, il y a plus ou moins de compétition. L’avantage d’avoir un hub est que les destinations les plus rentables, comme N’Djamena, Niamey, Abuja, Ouagadougou ou Kinshasa, viennent nourrir les autres par leurs bénéfices. Jusqu’à présent, il n’y avait jamais eu de compagnie aérienne bénéficiaire dans la région. Asky est la première dans ce cas – tout en volant de ses propres ailes, c’est-à-dire sans aucune subvention. C’est historique. En ce sens, nous pourrons servir de modèle à d’autres compagnies.

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Est-ce qu’Asky a des ambitions extracontinentales ?

Nous allons d’abord assurer des liaisons quotidiennes avec tous les pays que nous desservons. Abuja passera de cinq vols par semaine à une liaison quotidienne, de même que Freetown et Monrovia, notamment. Cotonou, qui en compte quatre par semaine, en verra un par jour. Nous allons aussi poursuivre notre expansion géographique. Puis, dans le courant de 2014, nous établirons des lignes avec le sud du continent – Luanda et Johannesburg – et notre première connexion extracontinentale, avec Beyrouth. Nous lançons également une activité de fret, de façon à ce que les biens puissent voyager aussi facilement que les personnes dans le ciel ouest-africain. Nous avons acquis pour cela un Boeing 737 qui desservira dans un premier temps les villes d’Abidjan, Accra, Port Harcourt, Abuja, Libreville, Ouagadougou, Malabo, Bamako, Cotonou et Douala depuis Lomé. Grâce à notre partenariat avec Ethiopian Airlines, des marchandises de l’extérieur de notre zone de couverture pourront transiter par Lomé pour rejoindre ces nouvelles destinations. Après le problème du transport de passagers dans la sous-région, nous allons résoudre celui des marchandises.

En quoi consiste votre partenariat avec Ethiopian Airlines ?

Ethiopian joue un grand rôle dans le succès d’Asky. Signé pour cinq ans, ce partenariat arrive à terme en 2015. Notre maintenance est assurée par l’une de ses équipes, détachée à Lomé, qui met à notre disposition son stock de pièces – les faire venir d’Europe ou des États-Unis pourrait prendre une semaine. Ainsi, nos problèmes techniques sont vite résolus et nos avions très peu immobilisés. Ethiopian est aussi un partenaire commercial. Nous avons des accords de partage de codes [accords commerciaux] sur toutes nos destinations. Depuis leur région, qui couvre l’Afrique de l’Est, l’Asie et le Moyen-Orient, ils peuvent se connecter à la nôtre, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Et réciproquement. Chaque mois, Ethiopian nous amène environ 1 500 passagers et nous faisons à peu près de même en sens inverse. En juillet, nous avons conjointement lancé une liaison avec le Brésil. Depuis São Paulo et Rio de Janeiro, un Boeing 787 Dreamliner fait la traversée jusqu’à Addis-Abeba en passant par Lomé. C’est un énorme avantage pour la région. Il n’est plus nécessaire de transiter par l’Europe, d’obtenir un visa, de perdre du temps et de l’argent. Et à Lomé, on est sûr d’être respecté, alors que dans les aéroports européens les voyageurs en provenance d’Afrique sont harcelés. Cette liaison avec le Brésil est d’ores et déjà un succès. L’avion est presque toujours plein et embarque en moyenne une cinquantaine de passagers à Lomé.

L’absence d’ouverture du ciel africain n’est-elle pas votre plus grande difficulté ?

Nos avions sont à l’heure dans 92 % des cas : une très belle performance dans ce secteur.

C’est un business compliqué, il faut de grandes capacités d’investissement et un bon environnement. Effectivement, obtenir les droits de trafic de plusieurs pays n’a pas été facile pour Asky. Aujourd’hui, nous regrettons toujours certaines restrictions. Nous avons trois vols sur la ligne Dakar-Conakry, mais nous ne sommes autorisés à embarquer des passagers que sur deux d’entre eux. Et sur la ligne Ouagadougou-Bamako, nous n’avons pas de droits de trafic. Peut-être est-ce pour protéger Senegal Airlines et Air Burkina… Mais nous ne cherchons pas le conflit. Ces blocages disparaîtront. La première qualité d’Asky est d’être une compagnie fiable et reconnue comme telle. Nos avions sont à l’heure dans 92 % des cas, ce qui est une très belle performance dans notre industrie. Nous le devons en grande partie à la qualité de notre flotte, constituée aujourd’hui de sept avions, dont quatre Bombardier Q400 achetés neufs l’an dernier. D’ici à la fin de l’année, nous devrions aussi acquérir un Boeing 737-800 pour assurer nos futures liaisons long-courriers.

N’êtes-vous pas limités par la taille de certaines installations aéroportuaires ?

Notre seul souci de taille, actuellement, vient de l’aéroport de Lomé, trop petit pour nous. Mais les autorités togolaises travaillent dur pour mettre en service le nouvel aéroport en 2014, ce qui devrait résoudre ces difficultés. C’est dans ce hub de Lomé que nous aurons, d’ici à cinq ans maximum, notre propre centre de formation.

Certains de vos concurrents peuvent-ils vous inquiéter ?

Nous ne sommes pas en concurrence directe. Dans notre zone, Arik Air dessert Banjul, Freetown et Dakar. Mais nous avons des connexions avec toute la sous-région. Personne n’y a de réseau équivalent au nôtre aujourd’hui. Sur certaines lignes, nous avons un concurrent direct : Air Côte d’Ivoire sur Lomé-Abidjan-Conakry par exemple. Mais au niveau du réseau dans son ensemble, il n’y a pas de concurrence. Bien sûr, si l’accord entre Arik Air et Air Côte d’Ivoire se matérialise, un défi se présentera à nous. Mais une saine compétition est bonne pour la région.