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Spécial Guinée Bissau: Le président Vieira assassiné

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Le président tué après un attentat contre le chef de l’armée

Le président de Guinée-Bissau a été tué par des militaires à Bissau, quelques heures après l’assassinat du chef d’état-major de l’armée, plongeant dans la confusion ce petit pays pauvre d’Afrique de l’Ouest, déjà fragilisé par le narcotrafic.

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Mis à jour le 2 mars 2009 à 08:13

Le général Tagmé Na Waié le 17 septembre 2004 à Bissau

Face aux condamnations de la communauté internationale, les officiers de l’état-major ont très rapidement affirmé que l’armée "respectera l’ordre constitutionnel et la démocratie".

Lundi à la mi-journée, la situation était calme dans la capitale, Bissau.

"Le président Vieira a été tué par l’armée au moment où il tentait de fuir sa maison attaquée par un groupe de militaires proches du chef d’état-major Tagmé Na Waié ce matin (lundi) vers 04H00" locales et GMT, a déclaré le capitaine de frégate Zamora Induta.

Selon lui, le président Vieira a été "fauché par des balles tirées par ces militaires".

Dimanche soir, le chef d’état-major des forces armées, le général Tagmé Na Waié, avait été mortellement blessé dans un attentat à l’explosif contre le quartier général de l’armée.

Le capitaine Induta, responsable des relations extérieures de l’armée, a accusé le président Vieira d’avoir été "l’un des principaux responsables de la mort de Tagmé". "Le pays va démarrer maintenant. Cet homme a bloqué tous les élans dans ce petit pays", a-t-il ajouté.

Joao Bernardo Vieira (dit "Nino"), 69 ans, a passé quasiment 23 ans à la tête de la Guinée-Bissau, ex-colonie portugaise située entre le Sénégal et la Guinée. Il avait été à la présidence en 2005, six ans après la fin de la guerre civile de 11 mois (1998-99) qui l’avait chassé du pouvoir.

Quelques heures après la mort du président, l’état-major a publié un communiqué dans lequel il assure que "l’armée respectera l’ordre constitutionnel et la démocratie" et lance un appel au calme à la population.

Un groupe comprenant les chefs d’état-major des trois corps (air, mer et terre) et des officiers supérieurs ont rencontré lundi matin le gouvernement formé début janvier par le Premier ministre Carlos Gomes Junior, selon une source militaire.

Selon la Constitution, le président de l’Assemblée nationale Raimundo Perreira est chargé d’assurer l’intérim et d’organiser une élection présidentielle dans les 60 jours, a précisé à l’AFP le juriste Victor Vamain.

Ces nouvelles violences ont été vivement condamnées par la communauté internationale. Le Portugal a "condamné avec véhémence" ces assassinats, tout comme l’Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Ces derniers mois, le chef des armées et le président nourrissaient une profonde défiance réciproque.

Début janvier, le général Tagmé Na Waié avait affirmé avoir échappé à une tentative d’assassinat et avait accusé le clan présidentiel d’avoir voulu le "liquider".

Le 23 novembre, un groupe de militaires avait mené une attaque de nuit contre la résidence du président Vieira, faisant deux morts au sein de sa garde. Le président avait alors reproché au général Tagmé Na Waié de ne pas être intervenu.

Coups d’Etat, tentatives de coups de force et mutineries ont ponctué l’histoire de la Guinée-Bissau depuis son indépendance en 1974.

En novembre, l’ONU avait salué comme une "victoire pour la démocratie" le déroulement paisible des élections législatives.

La communauté internationale entendait favoriser l’établissement d’un gouvernement stable, dans un pays considéré comme un "point clef d’entrée" de la cocaïne sud-américaine vers l’Europe.