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Spécial Guinée Bissau: Le président Vieira assassiné

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Condamnation unanime et appels au respect de la Constitution

La communauté internationale a unanimement condamné l’assassinat du président de Guinée-Bissau Joao Bernardo Vieira, notamment les responsables africains qui s’alarment de la récente multiplication des coups de force sur le continent.

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Mis à jour le 2 mars 2009 à 14:20

Jean Ping le 12 novembre 2008 à Tunis

De nombreux appels au respect de la Constitution ont aussi été lancés.

"C’est la démocratie qu’on assassine", s’est ainsi emporté le secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) Mohamed Ibn Chambas. "Nous voulons consolider la démocratie, la paix et la sécurité dans cette région. Alors la mort d’un président, d’un chef d’état-major, est une nouvelle très grave".

Le président "Nino" Vieira a été tué lundi avant l’aube, quelques heures après un attentat à la bombe qui a coûté la vie dimanche au chef d’état-major de l’armée bissau-guinéenne, le général Tagmé Na Waié.

Un porte-parole de l’armée a d’abord affirmé que le chef de l’Etat avait été abattu par des "militaires proches du chef d’état-major", avant de revenir sur cette version pour assurer que les deux assassinats étaient sans lien et qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’Etat.

"Apparemment tout ceci a été organisé par l’armée. C’est un coup d’Etat", a néanmoins réagi le président de la Commission de l’Union africaine (UA) Jean Ping. "C’est dramatique de constater qu’en l’espace de si peu de temps, nous enregistrons un troisième coup d’Etat en Afrique de l’Ouest", a-t-il dit en référence aux putschs militaires de 2008 en Mauritanie et en Guinée-Conakry.

Selon lui, cet assassinat est d’autant plus "grave" qu’il intervient "à un moment où des efforts étaient entrepris pour consolider la paix après les élections (législatives) de novembre".

Le Portugal, ex-puissance coloniale, ainsi que la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), ont "condamné avec véhémence" l’assassinat du président Vieira. Même dénonciation de la part de l’Union européenne (UE), de la Francophonie, de l’ambassade des Etats-Unis à Dakar et de la France.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a rendu hommage à son homologue assassiné, qui "n’a jamais voulu quitter son pays malgré les événements qui annonçaient cette tragédie, indiscutablement".

L’attentat contre le chef d’état-major a aussi été vivement dénoncé par la communauté internationale.

Tous les pays à avoir réagi ont insisté sur la nécessité d’une succession conforme à la Constitution, qui prévoit notamment une élection présidentielle dans les 60 jours.

Une délégation ministérielle de la Cédéao va ainsi se rendre dès mardi sur place pour plaider en faveur d’une "succession constitutionnelle" avec un intérim assuré par le président du Parlement.

"Nous ferons tout pour aider les autorités de Guinée-Bissau à maintenir l’ordre et la tranquillité et à restaurer l’ordre constitutionnel", a ainsi déclaré le Premier ministre portugais José Socrates.

En vue de la succession, le président de la Commission de l’UA a affirmé être "en consultations avec les responsables de la région pour étudier les voies et moyens de résolution de la crise". Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’organisation panafricaine doit se réunir mardi en urgence.

Côté société civile, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), une des principales ONG de ce type en Afrique, a souhaité la fin de "la culture de l’assassinat et de l’impunité en Guinée-Bissau", plaidant pour une "réforme" d’une armée "très politisée".