Société

Maroc: des droits pour les femmes ?

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En cette veille de la journée mondiale de la femme, la Ligue Démocratique pour les Droits des Femmes ( LDDF ), dresse son bilan sur la situation au Maroc. Cinq ans après l'adoption d'un nouveau Code de la famille, la population marocaine "a assimilé la question des droits de la femme mais nous sommes encore en retard par rapport aux attentes de la société", estime la militante associative Fouzia Assouli, présidente de la LDDF.

Dans une interview à l’AFP, Mme Assouli souligne que le bilan du Code de la famille (Moudawana) est "globalement positif".

"Les femmes ont repris confiance en elles, occupent de plus en plus la scène politique et économique", ajoute la présidente de la Ligue démocratique des droits de la femme, créée en 1993 au Maroc et qui revendique quelque 13. 000 membres.

"Il n’y a plus les mêmes résistances qu’auparavant", reconnaît Fouzia Assouli, "mais il est temps d’apporter des amendements au Code de la famille, pour limiter et préciser le pouvoir des juges". En particulier pour ce qui concerne le mariage des mineurs et la polygamie.

Aujourd’hui au Maroc, 10% des mariages concernent des mineurs et la LDDF a constaté une augmentation spectaculaire (plus 50% entre 2006 et 2007) de ces mariages en milieu rural, précise-t-elle. "Au début, la Moudawana a eu un effet dissuasif (. . . ) mais les gens ont vite réalisé qu’il n’était pas difficile d’obtenir des dérogations".

"Nous avons donc présenté des recommandations pour que l’âge légal du mariage, 18 ans, soit respecté et que les dérogations soient exceptionnelles, pas la règle", indique-t-elle, s’emportant contre une disposition du code pénal qui permettrait à un violeur d’échapper à la justice en épousant sa victime.

"Il est temps de réformer ça, car c’est un double viol: un premier de la part de cet homme, un deuxième de la part de la société qui le légitimise", note-t-elle.

Fouzia Assouli se réjouit que la polygamie soit désormais sévèrement contrôlée, mais déplore les trop nombreuses exceptions.

"On voit dans les jugements qu’un mari peut entretenir deux familles si la (première) femme a donné son accord". Mais "si cette femme n’a pas d’autres ressources, qu’elle est dépendante financièrement de son mari, quel choix a-t-elle?

Idem pour la tutelle des enfants. "Il y a contradiction, affirme-t-elle. La Moudawana "a placé la famille sous l’autorité des deux conjoints mais c’est le père qui est le chef. La femme vient après". "Pour inscrire les enfants à l’école, il faut l’autorisation du père, pour les changer d’école, pareil. "

Même chose pour la loi sur l’héritage et la succession. "Il n’est pas raisonnable, aujourd’hui, quand on n’a que des filles comme héritières, de les voir partager l’héritage avec l’oncle ou le cousin. Ce n’est plus convenable, les temps ont changé et les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes".

Interrogée sur la récente décision du ministère marocain de l’Intérieur de ne pas accorder d’autorisation à l’organisation féministe française "Ni putes ni soumises" (NPNS) pour l’ouverture d’une antenne au Maroc, Fouzia Assouli estime que "le nom même de cette association est très provocateur".

"Ca ne passera pas au Maroc, ça sera refusé par la société et elle (NPNS) aura beaucoup de difficultés à approcher les femmes, les jeunes ou qui que ce soit, explique-t-elle. Moi, je n’oserais même pas traduire (le nom) en arabe, c’est vraiment inconcevable d’appeler comme ça une association au Maroc".

Selon la présidente de la LDDF, l’interdiction du ministère de l’Intérieur "s’explique peut-être par le fait qu’il craint de donner des excuses aux extrémistes et aux islamistes, qui peuvent utiliser cet argument pour des campagnes fallacieuses et nuire aux femmes".

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