Politique

L’armée prend l’avantage mais les rebelles tiennent bon

L’armée tchadienne semblait dimanche avoir remporté les combats dans l’est du Tchad et réussi à repousser les rebelles même si ces derniers affirment regrouper leurs forces pour poursuivre leur offensive vers N’Djamena.

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Mis à jour le 10 mai 2009 à 16:12

Une avenue de N’Djamena le 10 mai 2009

"Je crois qu’on peut dire qu’on est dans une phase finale dimanche. C’est une victoire nette (du président) Deby. Les rebelles rebroussent chemin", a affirmé une source militaire française à l’AFP.

"Il y a une reconcentration de colonnes (de rebelles) dans le sud-est, le long de la frontière" soudanaise, qui semble indiquer que la rébellion quitte le pays, a expliqué cette source. "La situation devrait revenir au calme. "

Les rebelles tchadiens venus du Soudan sont entrés au Tchad le 4 mai avec pour objectif affirmé de prendre N’Djamena et de renverser le président Idriss Deby Itno.

"L’histoire semble terminée", a également estimé un observateur occidental sous couvert de l’anonymat.

La Mission de l’ONU en République centrafricaine et au Tchad (Minurcat) a redéployé son Détachement intégré de sécurité (DIS, police des camps formée par l’ONU) dans le camp de Koukou Angarana, dans l’est, a confié son porte-parole Michel Bonnardeaux. Ce détachement avait été retiré de la zone au début de l’offensive rebelle.

Dimanche, la télévision nationale passait en boucle les images de la "victoire" contre les rebelles avec des commentaires en forme d’éloge de l’armée tchadienne. On y voit notamment les corps de combattants tués à Am-Dam et les prisonniers faits pendant cette bataille qui s’est déroulée jeudi à 100 km au sud d’Abéché, grande ville stratégique de l’est du pays (à plus de 600 km de la capitale).

"Ce n’est pas fini. Nous nous regroupons"

Dès samedi après-midi, le ministre tchadien de la Défense par intérim, Adoum Younousmi, avait affirmé que le Tchad avait remporté une "victoire décisive" sur les rebelles dans les combats de jeudi et vendredi. Le gouvernement a avancé le bilan de 247 morts (225 rebelles, 22 militaires) et 212 insurgés capturés, des chiffres réfutés par la rébellion et qu’il était impossible de vérifier de source indépendante.

Dans la capitale, où les habitants ont exprimé leur soulagement, la vie suivait son cours.

Pourtant, les rebelles ont affirmé qu’ils continuaient le combat. "Ce n’est pas fini. Nous nous regroupons, on s’occupe des blessés, on se prépare", a affirmé dimanche à l’AFP un membre de l’Union des forces de la résistance (UFR, coalition des principales factions de la rébellion).

"La situation est calme ce matin, mais vous verrez ça va reprendre. N’Djamena peut dire ce qu’elle veut mais ce n’est pas terminé. Les bilans donnés par les autorités sont faux", a ajouté cette source. "Quand on regarde les images diffusées à la télévision, on voit beaucoup de soldats de l’armée tchadienne et le gouvernement présente tous ces morts comme des rebelles", a-t-elle dit.

La guerre des chiffres

Dans un communiqué, l’UFR avait qualifié samedi soir de "fantaisiste" le bilan gouvernemental, assurant avoir pris le dessus lors des combats. L’UFR se targue notamment d’avoir détruit ou récupéré plus d’une centaine de véhicules et d’avoir fait plus de 200 prisonniers, tout en n’ayant perdu que cinq hommes.

Ces chiffres, dont certains paraissent peu crédibles, sont réfutés par les autorités.

Commentant les combats des derniers jours, la source militaire française a estimé que l’armée tchadienne s’était montrée "très organisée" et qu’elle avait "su canaliser l’adversaire".

La France compte 1. 100 soldats stationnés au Tchad dans le cadre du dispositif Epervier, opération française lancée en 1986 au titre d’un accord bilatéral. Ce dispositif fournit notamment à l’armée tchadienne des renseignements obtenus par surveillance aérienne.