Politique

Moussavi fustige le guide suprême Ali Khamenei sur Internet

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Mis à jour le 21 juin 2009 à 10:42

Le chef de l’opposition iranienne, qui dénonce une gigantesque fraude électorale, a accusé sur son site Internet l’ayatollah Khamenei de soutenir Ahmadinejad et de vouloir saper la République.

La déclaration du chef du mouvement de contestation en Iran Mir Hossein Moussavi critiquant le guide suprême Ali Khamenei a été remise sur le site internet de son journal Kalemeh après en avoir été brièvement retirée.

Le site n’a fourni aucune explication à ce retrait, le communiqué remis en ligne étant strictement identique au précédent, si ce n’est qu’il porte le titre: "Ne permettez pas que les menteurs et les tricheurs vous volent le drapeau de la défense du régime islamique".

Il s’agit selon le site du "cinquième communiqué de Mir Hossein Moussavi au noble peuple iranien".

Le chef de l’opposition Mir Hossein Moussavi a en effet lancé samedi une critique sans précédent contre le guide suprême d’Iran Ali Khamenei, alors que de violents heurts ont opposé la police à des milliers de manifestants protestant à Téhéran contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad.

Avertissant qu’il "ne cèdera pas à la rue", l’ayatollah Khamenei avait fait porter la responsabilité "du sang et du chaos" aux chefs de l’opposition.

La République menacée

Alors qu’aucun personnage politique iranien n’avait osé émettre une critique envers le guide suprême, Mir Hossein  Moussavi, qui réclame l’annulation des résultats du scrutin, a dénoncé ses propos vendredi sur la validation de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, selon une déclaration publiée par son site internet. Il a accusé, sans le nommer, le numéro un du régime de menacer le caractère républicain de la République islamique et de viser l’imposition d’un nouveau système politique.

Il a dénoncé "un projet qui va au delà de l’imposition au peuple d’un gouvernement non voulu, l’imposition d’une nouvelle vie politique au pays".

Evoquant l’argument d’Ali Khamenei selon lequel aucune fraude ne pouvait expliquer une aussi large victoire de Mahmoud Ahmadinejad (62,63% des voix), il a rétorqué: "si cette énorme taille de la fraude (…) est présentée comme la preuve d’une absence de fraude alors l’aspect républicain du système sera massacré et cela prouverait que l’islam est incompatible avec la République".

Le Conseil des Gardiens, qui s’est dit prêt à un recomptage de 10% des urnes, choisies au hasard, rendra sa décision d’ici mercredi.

 Escalade de la violence

Au 8e jour de la pire crise en Iran depuis la révolution islamique de 1979, la police anti-émeute a tiré des balles et des gaz lacrymogènes et eu recours aux canons à eau et matraques pour disperser les manifestants qui ont défié l’appel d’Ali Khamenei à cesser la contestation dans la rue, selon des témoins.

Bravant l’interdiction de protester contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, des milliers de manifestants sont descendus dans le centre de Téhéran malgré l’avertissement du chef de la police Ahmadi Moghadam de les "réprimer fermement".

"La police a interdit aux gens d’approcher" de la place Enqelab et "bloqué les gens sur les trottoirs, les poussant sur la chaussée et les frappant", a dit un témoin.

Au moins un homme a été blessé par balle, selon un autre témoin.

Face à cette escalade, le président américain Barack Obama, haussant le ton par rapport à ses précédentes déclarations, a appelé le gouvernement iranien "à mettre fin à tous les actes de violence et d’injustice contre sa propre population".

Contrôle des médias

L’ensemble des médias étrangers ne sont pas autorisés à couvrir les manifestations interdites. La télévision d’Etat a diffusé des images sur les "émeutiers", où l’on voit des civils sur un trottoir frappés à coups de matraques par des policiers et un manifestant embarqué dans un véhicule.

Entretemps, un "terroriste" s’est tué en faisant détoner sa veste explosive au mausolée de l’imam Khomeiny, père de la révolution islamique, à Téhéran, blessant jusqu’à trois pèlerins, selon des médias.

Depuis le 13 juin, les partisans de Mir Hossein Moussavi organisent des manifestations quasi quotidiennes à Téhéran, dont l’une a dégénéré lundi avec la mort, selon une radio officielle, de sept manifestants.

Amnesty International a affirmé que "jusqu’à 10 personnes" avaient été tuées lors des manifestations.