Économie

Pierre Moscovici : « Il faut voir l’Afrique comme un pôle de croissance »

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Mis à jour le 4 octobre 2013 à 16:39

Malgré une conjoncture mondiale morose, la Zone franc a connu une croissance économique importante en 2012. Pour les ministres des Finances des pays de la Zone, réunis le 3 octobre à Paris, cette dynamique devrait persister en 2013.

Les ministres des Finances des pays de la Zone franc se sont réunis à Paris le 3 octobre, sous la présidence de Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances de la France. L’occasion de revenir sur les performances économiques des pays membres, ainsi que sur les relations entretenues avec la France.

Reprise de l’activité

La résolution des ministres des Finances de la Zone franc, publiée à l’issue de la réunion, insiste sur les bonnes performances économiques des pays de la zone, au cours de l’année 2012, « en dépit d’une conjoncture mondiale demeurée atone ». La croissance dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est passée de 0,9% en 2011 à 6,5% en 2012, « sous l’effet de la reprise rapide de l’activité en Côte d’Ivoire, de l’accroissement de l’investissement dans plusieurs États membres et de bonnes performances agricoles », précise le communiqué final. Sur la même période, la Communauté économique et monétaire d’Afrique Centrale (Cemac) a enregistré une croissance de 5,2%, contre 4,6% en 2011, soutenue par la vigueur du secteur non-pétrolier.

Les ministres de la Zone franc tablent sur le maintien de la croissance dans l’UEMOA (6,4%). Ils pointent en revanche vers un ralentissement de l’activité dans la Cemac, en raison notamment d’une baisse de la production pétrolière et des investissements dans plusieurs pays de la région.

Un pôle de croissance

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La conférence de presse organisée à l’issue de la réunion a été l’occasion pour le ministre de l’Économie et des Finances français, Pierre Moscovici, de rappeler les initiatives prises par la France, dans le cadre de la coopération avec les pays de la Zone franc. Il a particulièrement insisté sur l’engagement du pays dans la reconstitution du Fonds africain de développement (FAD). Celui-ci s’élèvera à 380 millions d’euros sur la période 2014-2016, plaçant la France au quatrième rang des pays donateurs.

Interrogé sur l’émergence de nouveaux acteurs en Afrique, tels que la Chine et l’Inde, Pierre Moscovici a indiqué que la France ne craignait pas ces nouveaux concurrents et qu’elle n’entendait pas se retirer des pays africains. Le ministre français s’est voulu optimiste : « il est important de voir l’Afrique telle qu’elle est, c’est à dire un pôle de croissance, pour les pays du continent et pour leurs partenaires ». Il a indiqué par ailleurs le besoin « d’anticiper la croissance africaine de demain », dressant au passage les contours d’un « agenda économique commun » entre la France et les pays africains dans une variété de secteurs : l’innovation, la construction de villes durables, les industries de transformation et la recherche de nouveaux instruments pour le financement de la croissance.

Enfin, le ministre français a annoncé le lancement d’une initiative conjointe avec la Banque mondiale pour appuyer les pays de la Zone franc dans l’accompagnement et la promotion des partenariats publics-privés (PPP).

Convergence dans la Zone franc

La résolution des ministres des Finances de la Zone franc, à l’issue de la réunion du 3 octobre, a mis en évidence de fortes disparités entre les pays membres, particulièrement en ce qui concerne la convergence des politiques macroéconomiques. Ainsi, seuls le Niger (UEMOA), le Cameroun et le Gabon (Cemac) respectent « les quatre critères de premier plan » retenus dans le cadre de la convergence économique régionale (solde budgétaire positif, taux d’inflation inférieur ou égal à 3%, encours de la dette publique inférieur à 70% du PIB et non-accumulation d’arriérés de paiement sur la dette). Seul le critère d’endettement public est respecté dans tous les pays africains de la Zone franc, ce qui s’explique par les programmes d’annulation de la dette.

Interrogé sur l’opportunité de changer ces critères de convergence, Lucas Agaba Nchama, gouverneur de la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), s’est montré prudent : « Ces choses évoluent lentement. Un État peut respecter ces critères une année, et se retrouver l’année suivante au-delà des limites. Si nous exhortons les États à respecter ces critères, il faut néanmoins se poser la question de leur adaptation. Il ne s’agit pas de les remplacer, mais de réfléchir à leur évolution. »

Pour sa part, Pierre Moscovici a rappelé que la France avait « des enseignements à partager » en matière d’intégration régionale, mettant en exergue « les dimensions fiscales, juridiques et de partage des risques » indispensables à une « convergence économique réelle. »