Politique

L’UA refuse d’aider la CPI à arrêter Béchir

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Mis à jour le 3 juillet 2009 à 17:49

Les Etats africains ont décidé qu’ils « ne coopèreront pas » avec la Cour pénale internationale (CPI) pour l’arrestation du président soudanais Omar el-Béchir, ont indiqué des délégués vendredi soir à l’issue de la réunion.

Les dirigeants africains clôturaient vendredi un sommet de trois jours à Syrte (Libye) en débattant de la Cour pénale internationale (CPI), vilipendée par leur hôte Mouammar Kadhafi, après avoir arraché un compromis a minima sur leurs institutions communes.

Le président soudanais est sous le coup depuis mars d’un mandat d’arrêt de la CPI. Il est accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour.

Dans sa résolution, le sommet de l’UA reproche notamment au Conseil de sécurité de l’ONU de ne pas avoir répondu à sa demande de suspendre les poursuites contre Omar el-Béchir.

En conséquence, il a été décidé que les Etats membres de l’UA "ne coopéreront pas" avec la CPI "dans l’arrestation et le transfert" du président soudanais.

Cette décision a été prise alors que 30 Etats africains ont ratifié les statuts de la Cour.

La position de Kadhafi

Malgré une très courte nuit, en raison d’une discussion marathon jusqu’à quatre heures du matin, les chefs de d’Etat de l’Union africaine (UA) s’étaient retrouvés vendredi en milieu de journée.

Ils ont passé en revue, plus longuement que prévu, la série de conflits et de crises qui minent leur continent, en accordant une attention particulière à la Somalie.

Ils devaient ensuite se pencher sur un projet de résolution dans lequel les 53 membres de l’UA assurent, selon la dernière mouture, qu’ils "ne coopéreront pas" avec la CPI pour l’arrestation du président soudanais Omar el-Béchir, sous le coup d’un mandat d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour.

La proposition, fermement soutenue par le colonel Kadhafi et qui avait donc des chances d’être adoptée selon plusieurs délégations, risque de placer en porte-à-faux les 30 Etats africains ayant ratifié les statuts de la CPI.

Adversaire déterminé de la CPI, Mouammar Kadhafi, président en exercice de l’UA, considère la CPI comme un instrument des Occidentaux pour établir un "nouveau terrorisme mondial".

Omar el-Béchir était présent à l’ouverture du sommet mercredi mais il est parti depuis.

Le "Guide" libyen s’est dit prêt à recevoir en septembre à Syrte un sommet extraordinaire, qui coïnciderait avec le 40e anniversaire de son accession au pouvoir, où la question du Soudan et de la CPI serait à nouveau évoquée.

La Commission devient "Autorité"

Tard dans la nuit de jeudi à vendredi, les dirigeants africains ont réussi à mettre fin à un débat houleux qui durait depuis plusieurs mois.

Ils ont décidé de remplacer l’actuelle Commission de l’UA par une "Autorité" disposant d’un rôle de "coordination" en matière de "politique de défense commune". Elle pourra aussi "parler au nom" de toute l’UA "au sein des organismes internationaux, notamment dans le domaine de la politique extérieure", mais sur mandat des Etats membres.

Pour entrer en vigueur, cette Autorité devra d’abord être approuvée par l’ensemble des parlements nationaux.

Il s’agit, selon les diplomates, d’une timide avancée vers les "Etats-Unis d’Afrique" dont Mouammar Kadhafi a fait son grand projet.

Un délégué d’un pays d’Afrique de l’Est reconnaissait vendredi "ne pas y voir encore tout à fait clair" sur la portée réelle des changements intervenus.

Pour le ministre béninois des Affaires étrangères Jean-Marie Ehouzou, "les Etats sont prêts à laisser tomber une partie de leur souveraineté au profit de cette Autorité".

Mais certains pays, comme le Nigeria et plusieurs Etats d’Afrique australe, ont clairement fait savoir qu’ils n’étaient pas prêts à aller jusque-là, estimant qu’une coopération économique accrue devait précéder l’intégration politique.

Un délégué d’un de ces pays parlait même d’une "embuscade" tendue par Mouammar Kadhafi pour forcer leur assentiment.

Un autre assurait que des concessions avaient été faites car "il est difficile pour des pays fragiles et instables" de s’opposer à l’influent chef libyen. Il notait aussi que, parmi les Etats réticents, seuls les plus importants ou les plus éloignés géographiquement de la Libye avaient publiquement fait connaître leur désaccord.