Culture

Le Canard Libéré, un clone respectueux des institutions

Abdellah Chankou, directeur du Canard © AFP

Au Maroc, le Canard "libéré", pas "enchaîné", ressemble furieusement à son modèle français, affectionne comme lui les calembours, les caricatures et l'irrévérence. . . jusqu'à un certain point.

"Journal satirique marocain paraissant le vendredi": le doute n’est pas permis. Malgré un format un peu plus réduit (tabloïd), nous sommes en face d’un clone de l’hebdomadaire satirique hexagonal.

Le "vrai" a sa "Mare aux Canards" illustrée en tête de page, le "faux" a son "Maigret du Canard" au même endroit et des petits palmipèdes facétieux sont présents à chaque page. En "une", le canard respecte les habitudes vestimentaires locales et se coiffe donc d’un fez marocain.

L’éditorial du "patron", Abdellah Chankou, 42 ans, s’intitule modestement "Confus de canard". On le trouve en page 3. A ne pas confondre avec le "Texte de l’oie", billet d’humeur toujours signé "L’Oie de la jungle", le plus souvent en page 4.

Vendu 8 dirhams (environ 0,70 euro) les 16 pages, basé à Casablanca, le Canard Libéré est né le 3 février 2007 et, affirme Abdellah Chankou, tire à 10.000 exemplaires.

Incompatible avec des actionnaires

Le journal est distribué dans tout le Maroc, poursuit-il, mais plus de la moitié est écoulée à Casablanca et Rabat. Contrairement au grand frère parisien, le Canard Libéré accepte de la "pub" et celle-ci représente environ 60% de son budget de fonctionnement.

"Je me suis lancé seul, avec 130.000 dirhams (environ 12. 000 euros), et j’en suis le seul propriétaire, précise Abdellah Chankou. Je m’en félicite tous les jours car ce genre de journal est incompatible avec des actionnaires".

"Je n’avais pas envie de faire un journal classique, avec des journalistes qui attendent les infos les fesses sur une chaise", ajoute-t-il.

Avant de se lancer dans cette aventure, Abdellah Chankou avait travaillé comme journaliste pour Maroc Hebdo et Aujourd’hui Le Maroc.

Quatre ou cinq autres journalistes collaborent de façon régulière au Canard Libéré et, "de temps en temps, les gens appellent spontanément" pour livrer des informations.

"Mon but, explique-t-il, c’est de traiter l’actualité différemment, avec un ton plus libre, sous l’angle de l’humour et de la caricature. Au Maroc, plus tu insultes de monde, plus tu vends. Et moins tu insultes, moins tu vends. . . Moi, je n’ai pas envie de faire ça".

La référence au Canard Enchaîné est "un clin d’oeil, un hommage", souligne Abdellah Chankou. "Je leur envoie le journal. Ils ne m’ont jamais appelé".

Le Canard Libéré est "une bouffée d’oxygène pour le week-end, poursuit-il. La presse arabophone est plus forte en termes de tirages mais l’élite du pays lit la presse francophone".

 Engagé mais respectueux…

Abdellah Chankou affirme qu’il n’y a pas de lignes rouges et qu’il peut écrire ce qu’il veut. . . dès lors qu’il respecte l’islam, la monarchie et l’intégrité territoriale.

"Je n’ai aucune envie de transgresser ces règles et de prendre des risques inutiles, dit-il. Un journal vivant vaut mieux qu’un journal mort et le jour où la Constitution changera, on verra. . . "

Pour autant, le Canard marocain ne se prive pas de distribuer des taloches tous azimuts, dénonçant par exemple les "petites combines" et la "ratatouille communale" qui ont suivi les élections locales du 12 juin ou ironisant sur le fait qu’un demi-frère de Nadia Yassine, fille du chef de l’association islamiste Al Adl Wal Ihssane (Justice et bienfaisance) a été interpellé pour trafic de stupéfiants.

Et son numéro du 10 juillet est sorti sans éditorial (comme une vingtaine d’autres journaux) pour protester contre les récentes condamnations pour diffamation prononcées contre quatre titres marocains.

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