Économie

Aliko Dangote : « Le potentiel du Nigeria est un secret trop bien gardé »

Le patrimoine d'Aliko Dangote est estimé à 16,1 milliards de dollars. DR

Le patrimoine d'Aliko Dangote est estimé à 16,1 milliards de dollars. DR ©

Au sortir de sa rencontre avec Nicole Bricq, ministre française du Commerce extérieur, le tycoon haoussa de Kano a accordé un entretien à « Jeune Afrique » et à RFI. Il analyse ici le climat des affaires et les opportunités offertes par son pays.

Aliko Dangote, président et CEO de Dangote Group et l’homme le plus riche d’Afrique (son patrimoine est estimé à 16,1 milliards de dollars), est présent dans les secteurs du ciment, de l’agroalimentaire et bientôt du pétrole, avec un gigantesque projet de raffinerie de 9 milliards de dollars.

Votre pays est souvent accusé d’être trop protectionniste. Qu’en pensez-vous ?

Le Nigeria accueille volontiers sur son territoire des groupes étrangers qui développent son économie ; mais nous n’avons pas besoin de sociétés qui ne cherchent qu’à importer des denrées à bas prix. Dans ce cas, elles importent non seulement des marchandises, mais aussi de la pauvreté, et détruisent l’emploi local. Au contraire, nous disons aux investisseurs : « Venez chez nous, ; il y a de nombreuses opportunités, mais créez du travail sur place, aidez-nous à bâtir une économie robuste ! ».

Le climat des affaires au Nigeria va-t-il dans la bonne direction ?

Le potentiel de l’économie nigériane est un secret trop bien gardé ! Ici, un investisseur peut bénéficier d’incitations attractives. Tout le monde peut s’installer ici, même s’il n’est jamais venu auparavant. Il n’y a pas de discrimination. Si je demande à une entreprise étrangère de prendre une participation minoritaire de 25% dans une de mes sociétés, elle n’aura pas à payer une seule taxe ! Cela ne serait pas la même chose dans le sens inverse…

Tout le monde peut s’installer ici, même s’il n’est jamais venu auparavant. Il n’y a pas de discrimination.

Une délégation économique française vient de se rendre à Lagos et Abuja et vous avez rencontré Nicole Bricq. Que pouvez attendre de partenariats avec la France ?

Je suis heureux de cette visite : c’est le bon moment pour les groupes français de s’implanter au Nigeria. Il y a toujours eu de bonnes relations entre le Nigeria et la France. Mais il faut que la partie économique de cette relation se développe.

L’Asie a connu un boom économique dans les années 80, l’Inde a suivi dans les années 90, puis le Brésil dans les années 2000. Aujourd’hui, c’est au tour du Nigeria – et l’Afrique de l’ouest toute entière -, de connaître un fort développement, avec des perspectives de croissance à deux chiffres. Les compagnies françaises ont intérêt à s’entendre avec les groupes nigérians pour nouer des partenariats et en profiter ! Par le passé, les groupes agroalimentaires français se sont alliés avec des Chinois pour créer chez eux des entreprises dans le domaine des produits laitiers… Pourquoi ne pas faire la même chose au Nigeria ?

Les Français sont pourtant des concurrents majeurs des groupes nigérians en Afrique subsaharienne, notamment dans les domaines de la banque et de l’agroalimentaire…

Oui, ce sont des concurrents sérieux. Ils sont là depuis très longtemps en Afrique de l’Ouest, bien avant la naissance des groupes nigérians. Mais dans nos marchés en pleine croissance, personne ne peut s’accaparer un gigantesque marché comme le Nigeria ou l’Afrique de l’Ouest. Chaque acteur économique doit se comporter correctement, mais le « gâteau » est assez grand pour tout le monde.

Un accord de libre-échange entre le Nigeria et l’Union européenne, bloqué depuis de nombreuses années, est-il possible ?

Les politiciens trouveront une solution à cette histoire. Mais je ne cesse de le dire : les gouvernements ne créent pas d’emploi. Ils créent un environnement des affaires dans lequel des entrepreneurs comme moi peuvent investir et créer des emplois.

Vous avez présenté début septembre votre projet d’une méga raffinerie de pétrole dans l’état d’Ondo, au nord de Lagos. À quel stade du projet en êtes-vous aujourd’hui ?

Le groupe Dangote investira 3,5 milliards de dollars dans ce projet crucial, et nous avons signé un prêt de 3,3 milliards de dollars avec un consortium de banques commerciales. La Banque centrale du Nigeria mettra également gracieusement 320 millions sur la table, la Société financière internationale (de la Banque mondiale NDLR) 500 millions, et nous avons le soutien d’agences nationales d’aides au développement. Donc nous avons l’argent, ce n’est plus un problème. Maintenant, ce qui compte, c’est de faire avancer le projet. Nous avons le terrain, on a déjà défini la conception générale de la raffinerie. Il s’agit maintenant d’affiner les études.

Dans 10 ou 15 ans je l’espère, le Nigeria ne représentera plus que 40% de notre chiffre d’affaires.

Dans 5 ans, que représentera le chiffre d’affaires africain réalisé par le groupe Dangote en dehors du Nigeria ?

Nous cherchons à nous diversifier, tant sur le plan géographique que sectoriel. Mais il y a tellement d’opportunités ici au Nigeria, qu’on a parfois du mal à en sortir. La construction de la raffinerie va mobiliser nos ressources financières. Avant notre objectif était de réaliser 50% de notre chiffre d’affaires au Nigeria, et 50% ailleurs sur le continent africain. Mais avec ce projet, nous ne serons qu’à environ 20-25% dans 5 ans. Néanmoins, quand nous aurons suffisamment de trésorerie et de patrimoine pour lever des fonds, nous continuerons notre expansion. Dans 10 ou 15 ans je l’espère, le Nigeria ne représentera plus que 40% de notre chiffre d’affaires, et le reste du monde 60%. Mais quand vous cherchez à grandir, il faut d’abord le faire « à la maison » avant de partir ailleurs.

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