Politique

Egypte : les Frères musulmans en crise

Une grave crise interne oppose conservateurs et réformistes

Une grave crise interne oppose conservateurs et réformistes ©

Les Frères musulmans, première force d’opposition en Egypte, sont en proie à une grave crise interne opposant conservateurs et réformistes, qui menace leur propre chef Mehdi Akef, estiment la presse et des analystes.

La démission de ce dernier, annoncée lundi par la plupart des journaux égyptiens, a toutefois été démentie dans la journée par un adjoint de M. Akef, qui a assuré qu’il "était toujours le guide suprême de la confrérie".

La lutte d’influence interne, en Une de toute la presse, fait l’objet d’une publicité rarement atteinte par le passé pour un mouvement réputé pour sa culture du secret.

Le conflit s’est envenimé dimanche lors d’une réunion au cours de laquelle les conservateurs, menés par le secrétaire général Mahmoud Izzat, auraient bloqué la nomination au bureau politique ("Irshad") d’une personnalité réformiste, Essam el-Erian.

Mehdi Akef sur le départ

Personnalité de la "vieille garde" mais soucieux de préserver les équilibres au sein de son mouvement, Mehdi Akef, 81 ans, dont le départ est prévu en 2010, aurait alors annoncé sa démission.

Une décision démentie par son adjoint Mohammed Habib, qui affirme que M. Akef est "toujours le guide suprême de la confrérie" et n’a "pas soumis sa démission, comme rapporté par les journaux".

Certains quotidiens assuraient toutefois que même si cette démission n’était pas effective, elle a bien été mise dans la balance, voire retirée suite à des pressions internes quelques heures plus tard.

En tout état de cause, journaux et experts politiques estiment que la confrérie traverse bien une grave crise interne.

Sans Akef, "il y aurait une explosion au sein des Frères"

Les conservateurs, dogmatiques sur le plan religieux et idéologique, peuvent se montrer disposés au compromis avec le pouvoir. Les réformateurs, en revanche, sont plus motivés par l’action politique et l’ancrage dans l’opposition, quitte à nouer des liens avec des partis laïcs.

Pour Abdel Moneim Mahmoud, un journaliste proche des réformateurs, une démission effective de M. Akef n’aurait fait qu’aggraver le fossé au sein de son mouvement.

"Akef est un homme équilibré, qui veut concilier les différents points de vue. Sans lui, il y aurait une explosion au sein des Frères", a-t-il dit à l’AFP.

Pour Diaa Rashwan, un expert de l’islam politique au centre Al-Ahram d’études politiques et stratégiques, M. Akef a peut-être utilisé la menace d’une démission pour dramatiser les enjeux.

"Je pense qu’il y a eu un conflit, c’est certain. Le guide suprême a mis tout le monde sous pression pour en sortir", estime-t-il.

Arrestations

Fondés en 1928, les Frères musulmans ont été officiellement interdits en tant que parti politique en 1954, mais ils sont néanmoins relativement tolérés dans les faits.

Depuis leur percée historique lors des législatives de 2005, les Frères détiennent un cinquième des sièges au Parlement. Ils font régulièrement l’objet de vagues d’arrestions et des centaines d’entre eux sont en prison, dont deux hauts responsables pressentis pour succéder au guide suprême en 2010.

Dans une menace à peine voilée, le ministre de l’Intérieur Habib al-Adli a affirmé la semaine dernière que les Frères musulmans ne réitéreraient pas leur succès de 2005.

Cette crise interne survient à un an d’élections législatives pour lesquelles le mouvement n’a pas encore défini de ligne à suivre, et à deux ans d’une élection présidentielle pour laquelle ni le président Hosni Moubarak ni son fils Gamal, souvent présenté comme son héritier, n’ont encore exprimé leurs intentions.

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