Politique

Aminatou Haidar : la fin du bras de fer

La militante Aminatou Haidar quitte l'hôpital de l'île de Lanzarote le 17 décembre 2009 © AFP

Un peu plus d'un mois après avoir entamé une grève de la faim et un véritable bras de fer avec les autorités marocaines, la militante sahraouie Aminatou Haidar est revenue dans la nuit de jeudi à vendredi à Laâyoune (Sahara occidental) dans un avion en provenance des Canaries (Espagne).

L’avion médicalisé dans lequel elle avait embarqué s’est posé à Laâyoune vendredi vers 00H15 locales (et GMT). Il avait quitté Lanzarote deux heures plus tôt. Selon une source policière, Mme Haidar a accompli normalement les formalités d’entrée à l’aéroport en marquant sur la fiche d’arrivée qu’elle "arrivait au Maroc". Elle est ensuite partie dans une voiture conduite par son oncle maternel, cheikh Mohamed Boussoula.

Agée de 42 ans et mère de deux enfants, Aminatou Haidar observait une grève de la faim depuis plus d’un mois pour forcer le Maroc à l’autoriser à rentrer chez elle à Laâyoune. Elle avait été hospitalisée dans la nuit de mercredi à jeudi à la suite de violentes nausées et de douleurs abdominales.

Au retour d’un séjour aux Etats-Unis, où elle avait reçu un prix en faveur des droits de l’Homme, elle avait été refoulée le 14 novembre de Lâayoune, les autorités marocaines lui reprochant de n’avoir pas voulu accomplir les formalités nécessaires. Elle les accusait en retour de lui avoir retiré son passeport marocain.

Intervention française

Cette affaire a donné lieu à un ping-pong diplomatique entre Madrid et Rabat, Paris intervenant finalement pour, semble-t-il, débloquer une situation qui paraissait sans issue.

Dans un communiqué publié jeudi soir, l’Elysée a en effet annoncé que le président Nicolas Sarkozy avait demandé au Maroc de remettre un passeport à Mme Haidar.

M. Sarkozy a effectué cette démarche le 15 décembre en recevant à Paris le ministre marocain des Affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri et en exprimant "le voeu que le royaume du Maroc puisse, dans sa tradition d’ouverture et de générosité, faire remettre à Mme Aminatou Haidar son passeport marocain à son arrivée sur le territoire du royaume", selon le texte.

"Comme suite à cet entretien", le roi "Mohammed VI a informé le président Sarkozy, par message, le 17 décembre 2009, de l’accord de l’Etat marocain. Dans ces conditions, Madame Aminatou Haidar peut regagner le Maroc", ajoute le communiqué.

Vendredi, le ministère marocain des Affaires étrangères a confirmé que le Maroc avait accédé à la demande de "pays amis et partenaires" en faveur d’un retour d’Aminatou Haidar à Laâyoune, mais qu’il restait ferme sur "le respect total de la loi marocaine, par tous, sans exception et sur l’intégralité du territoire national".

Et selon Rabat, les "agissements" de Mme Haidar "ne sont pas liés à la promotion des droits de l’Homme". "Elle a, bel et bien, agi pour le compte du Polisario, qui demeure un mouvement militaire et totalitaire, à la solde de l’Algérie qui l’abrite, le finance et le soutient".

"Trouver une solution permanente du conflit au Sahara occidental"

Deux tentatives de la militante sahraouie de rentrer à Lâayoune, les 4 et 5 décembre, avaient échoué, les autorités marocaines refusant l’atterrissage de l’avion à bord duquel elle se trouvait.

"C’est un triomphe du droit international, des droits de l’Homme, de la justice internationale et de la cause sahraouie", avait déclaré à la presse la militante pro-Polisario en sortant de l’hôpital. Si les autorités marocaines s’opposaient une nouvelle fois à son retour au Sahara occidental, elle "resterai(t) à bord de l’avion et continuerai(t) (sa) grève de la faim", avait-elle ajouté.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton a déclaré de son côté avoir été "contente d’apprendre la décision du gouvernement marocain", dans un communiqué, rappelant que la militante sahraouie avait reçu le prix Robert Kennedy pour les droits de l’Homme.

Mme Clinton a salué un "geste humanitaire" qui "reflète l’esprit véritable et la générosité du gouvernement et du peuple marocains, et qui souligne l’urgence à trouver une solution permanente du conflit au Sahara occidental".

Rabat estime que le Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole annexée en 1975, fait partie intégrante du royaume et propose une large autonomie sous sa souveraineté. Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, lutte en revanche pour son indépendance.

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