Politique

Vers l’indépendance du Sud

Le Parlement soudanais a approuvé mardi une loi cruciale sur le référendum d’autodétermination prévu en 2011 au Sud-Soudan, après un accord entre nordistes et sudistes sur un article controversé. Le Sud-Soudan pourrait alors devenir indépendant.

Par
Mis à jour le 29 décembre 2009 à 11:20

Le Président soudanais Omar el-Béchir à Khartoum, le 4 mars 2009 © AFP

Alors que la diplomatie américaine accentue sa pression sur le régime du président Omar el-Béchir, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), le Parlement soudanais a approuvé mardi une loi cruciale pour le référendum d’autodétermination prévu en 2011 au Sud-Soudan. Un accord est finalement intervenu  sur un article très controversé concernant le lieu de vote des sudistes ayant quitté leur région. Un grand pas a ainsi été franchi dans les relations Nord-Sud après les accords intervenus au début du mois sur les réformes démocratiques.

Le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM, ex-rebelles sudistes) réclamait que la nouvelle législation intègre un article qui avait été supprimé par le Congrès national du président Omar el-Béchir lors du précédent passage de la loi devant le Parlement.

L’article stipule que les Sud-Soudanais ayant quitté leur région avant 1956, date de l’indépendance du Soudan, doivent voter dans le Sud. Les sudistes craignent d’éventuelles fraudes ou une manipulation de leur vote s’ils votent ailleurs que dans le Sud. En revanche, les Sud-Soudanais résidant hors de la région, semi-autonome depuis 1956, pourront voter sur leur lieu de résidence, que ce soit dans le Nord ou à l’étranger.

Suppression de dernière minute
Il y a une semaine, le Parlement avait approuvé cette loi qui fixe les modalités du référendum devant décider d’une éventuelle sécession du Sud-Soudan.

Mais le SPLM et les autres partis sudistes avaient protesté contre la suppression à la dernière minute de l’article sur le lieu de vote des sudistes sur lequel ils s’étaient pourtant mis d’accord avec le Congrès national. Selon ce dernier, l’article contrevenait à la Constitution intérimaire, qui prévoit la "liberté de mouvement" de tous les Soudanais. "L’amendement (de mardi) n’a été introduit que pour donner aux frères sud-soudanais plus d’élan pour qu’ils votent pour l’unité du Soudan lors du référendum", se justifiait Ibrahim Ghandour, député et haut responsable du Congrès national.

Vers l’indépendance du Sud-Soudan
"C’est un nouveau jour pour l’établissement de la confiance. Le peuple du Sud mérite le droit au référendum et plus encore", a pour sa part affirmé Yasser Armane, le président du groupe parlementaire du SPLM.

Aux termes de la nouvelle loi, dont l’élaboration a nécessité plusieurs mois de tractations, l’indépendance du Sud-Soudan sera reconnue si le "oui" atteint les 51%, à condition que le taux de participation atteigne les 60%.

Le Nord du Soudan, majoritairement musulman, et le Sud, en grande partie chrétien et animiste, ont signé en 2005 l’Accord de paix global (CPA), qui a mis fin à une guerre civile de plus de 20 ans à l’origine de deux millions de morts et ouvert la voie à la formation d’un gouvernement dit d’union nationale.

Deux référendums en 2011
Le CPA prévoit d’organiser en 2011 deux référendums. L’un demandera à la population de la région disputée d’Abyei, à la lisière entre les deux territoires, si elle veut garder son statut spécial au sein du Nord ou si elle préfère être intégrée au Sud. Au même moment, le Sud organisera un référendum distinct sur son indépendance.

Beaucoup au Sud-Soudan espèrent un "oui" au vote sur l’indépendance et souhaitent ramener dans le giron sudiste la plus grande surface possible des terres pétrolifères d’Abyei. Le Nord, lui, ne veut pas perdre le contrôle de ces précieuses ressources.

En vertu du CPA, le Congrès national du président Omar el-Béchir détient 52% des sièges à l’Assemblée nationale, le SPLM 28%, les autres partis nordistes 14% et les petits partis sudistes 6%.