Politique

Les propos d’Abdoulaye Wade portant sur les chrétiens provoquent des échauffourées à Dakar

Façade de la cathédrale Notre Dame des Victoires, le 26 mai 2004 à Dakar © AFP

Des échauffourrées ont éclaté mercredi 30 décembre au soir devant la cathédrale de Dakar après que l'archevêque Théodore Adrien Sarr a condamné des propos du chef de l'Etat Abdoulaye Wade comparant le monument de la renaissance africaine avec des représentations religieuses présentes dans les églises.

De jeunes Sénégalais ont affronté à coups de pierre, mercredi soir, la police anti-émeute, devant la cathédrale de Dakar, alors que l’archevêque venait de prononcer un message reprochant au président Abdoulaye Wade des "propos blessants" envers les chrétiens, a constaté l’AFP.

Ces groupes de jeunes, surexcités, entendaient ainsi défier le régime du président Aboulaye Wade, au pouvoir depuis 2000, qui avait suscité une polémique lundi en tenant des propos équivoques sur la religion chrétienne. Celui-ci a finalement présenté, mercredi soir, ses excuses aux chrétiens du Sénégal et du monde après ses propos sur la religion chrétienne jugés "blessants" par l’Eglise sénégalaise, rapporte l’Agence de presse sénégalaise (APS, publique).

Le ministre d’Etat chargé de la Coopération internationale et des transports aériens, Karim Wade, fils du chef de l’Etat sénégalais, a également présenté "au nom du président de la république ses excuses" à l’archevêque de Dakar, Théodore Adrien Sarr, selon l’APS. "Si les propos de Monsieur le président de la république ont porté atteinte ou touché les Sénégalais chrétiens, nous présentons nos excuses à la communauté chrétienne sénégalaise et à la communauté chrétienne internationale", a déclaré Karim Wade.

A partir de 19H00, plusieurs dizaines de jeunes avaient commencé à lancer de grosses pierres sur les forces de l’ordre qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes. Des catholiques ont tenté, en vain, de raisonner ces jeunes, dont certains criaient parfois "Jésus" ou "alleluia", ont constaté des journalistes de l’AFP.

Grenades lacrymogènes à l’intérieur de la cathédrale
Vers 20H00, la situation semblait s’être calmée et les personnes qui, s’étaient mises à l’abri à l’intérieur de la cathédrale quittaient l’édifice religieux, en déplorant que quelques grenades lacrymogènes aient atterri à l’intérieur.

Ces échauffourées avaient débuté après que le cardinal Théodore Adrien Sarr, archevêque de Dakar, eut prononcé son "message de nouvel an", devant des centaines de personnes rassemblées dans la cour du collège de la cathédrale.

"Meurtris et humiliés, nous l’avons été par l’amalgame que le chef de l’Etat a établi entre le monument de la renaissance africaine et les représentations qui se trouvent dans nos églises", a-t-il dit, ajoutant: "Il est scandaleux et inadmissible que la divinité de Jésus Christ, coeur de notre foi, soit mise en cause et bafouée par la plus haute autorité de l’Etat".

Le monument de la renaissance africaine en cause
Le président Wade avait évoqué la religion chrétienne, lundi alors qu’il défendait la construction à Dakar d’une immense statue – le monument de la renaissance africaine -, dénoncé par plusieurs imams comme contraire à l’islam.

Le chef de l’Etat, musulman de la confrérie mouride, avait alors affirme : " (…) pour les musulmans, les églises, c’est pour prier quelqu’un qui n’est pas Dieu. Ils prient Jésus Christ dans les églises, tout le monde le sait, mais (…) est-ce qu’ils (les imams, ndlr) ont jamais dit de casser les églises?"

"Quand je passe devant une église, je m’intéresse pas à ce qu’ils font là-dedans, c’est ça la tolérance", avait ajouté le président, âgé de 83 ans.

"Na dem!" ("qu’il parte!", en wolof)
"Les chrétiens n’adorent pas de statues, les chrétiens adorent un seul Dieu", a répliqué l’archevêque mercredi, en appelant les fidèles à "vivre, non pas (…) dans la tolérance avec nos frères et soeurs de confessions différentes, mais dans l’estime mutuelle".

Il a cependant vanté "l’entente exemplaire entre chrétiens et musulmans" au Sénégal et conclu en souhaitant "la paix, rien que la paix".

Mais pendant qu’il lisait son texte, des jeunes ont maintes fois crié le slogan "Na dem" ("qu’il parte", en langue ouolof), utilisés par les opposants au régime pour demander le départ du pouvoir du président Wade.

Les catholiques représentent une minorité au Sénégal, dont la population est à plus de 90% musulmane, mais le cardinal Sarr est généralement considéré comme une autorité morale et ses propos sont très commentés dans la presse
 

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