Politique

Abdulmutallab : ce que les Etats-Unis savaient sur le complot d’Al-Qaïda

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Mis à jour le 9 janvier 2010 à 09:06

La Maison Blanche possédait suffisamment d’informations, mais les autorités compétentes n’ont pas pu faire le lien entre les projets d’Al-Qaïda et les inquiétudes soulevées au sujet d’Umar Farouk Abdulmutallab. C’est ce jeune Nigérian qui avait tenté, le 25 décembre, de faire exploser un avion de ligne qui s’apprêtait à atterrir à Détroit.

Les espions américains avaient rassemblé ces derniers mois des indices sur la préparation d’un attentat d’Al-Qaïda hors des frontières du Yémen et se préparaient à agir pour l’empêcher, mais des informations cruciales sont passées au travers des mailles du filet.

Selon des responsables du renseignement, une série de signes annonciateurs de l’attentat raté du 25 décembre contre un avion de ligne se sont succédés à partir du mois d’août, date à laquelle l’Agence pour la sécurité nationale (NSA) aurait intercepté des conversations entre agents d’Al-Qaïda au Yémen.

La NSA, les "oreilles" des services de renseignement américains, capte alors une discussion évoquant le recrutement d’un Nigérian pour exécuter un attentat, selon le New York Times.

Le terreau yéménite

Le même mois, Al-Qaïda fournit la preuve de sa montée en puissance au Yémen, en envoyant un kamikaze depuis ce pays vers l’Arabie saoudite pour tenter d’y tuer le responsable de la lutte antiterroriste du royaume chérifien, le prince Mohammed ben Nayef ben Abdel Aziz.

L’attentat échoue mais le gouvernement saoudien aurait informé le principal conseiller en contre-terrorisme du président américain Barack Obama que l’homme avait dissimulé un puissant explosif dans son slip, la même technique employée par le jeune Nigérian le jour de Noël.

En septembre, Michael Leiter, le directeur du Centre national de l’anti-terrorisme (CNTC), prévient lors d’une audition parlementaire que le réseau d’Oussama ben Laden est désormais solidement implanté au Yémen.

Quelques semaines plus tard, le père de Umar Farouk Abdulmutallab, le Nigérian accusé d’avoir tenté de faire exploser un avion à destination des Etats-Unis à Noël, alerte la diplomatie américaine sur la radicalisation de son fils et ses liens avec des extrémistes au Yémen.

Le périple d’Abdulmutallab

Le nom du jeune musulman de 23 ans est alors transmis aux agences américaines de renseignement, dont le CNTC, et inscrit sur une vaste liste de personnes suspectées de liens avec des terroristes, selon des responsables. Mais son père n’ayant pas fait état d’un possible attentat, son nom n’est pas ajouté à la liste des personnes interdites de vol vers les Etats-Unis. Et personne ne se rend compte qu’il possède un visa.

Pendant ce temps, l’inquiétude monte à Washington vis-à-vis des menaces d’attentat provenant du Yémen. A la mi-décembre, les Etats-Unis ordonnent deux vagues de frappes de missiles contre des camps d’entraînement d’Al-Qaïda dans le pays, selon des informations de presse.

Mais les responsables américains ne sont pas au courant des informations sur Umar Farouk Abdulmutallab qui auraient permis de déjouer la tentative d’attentat imminente.

Le renseignement "n’est pas une science, c’est un art"

A peu près au même moment, le suspect nigérian achète son billet d’avion en argent liquide au Ghana. Le 25 décembre, il embarque à Amsterdam à bord du vol 253 de Northwest, à destination de Detroit. Alors qu’il a déjà décollé, la police américaine aux Frontières repère son nom sur une base de données des personnes suspectes, où figurent 500. 000 personnes, d’après un responsable américain. Ils prévoyaient de l’interroger à son arrivée, selon la procédure standard.

Pour la Maison Blanche, le problème n’était pas un manque d’information, mais l’incapacité à faire le lien entre les projets d’Al-Qaïda et les inquiétudes soulevées au sujet d’Abdulmutallab.

Le renseignement "n’est pas une science, c’est un art", commente Bruce Riedel, ancien de la CIA et expert en anti-terrorisme à l’institut Brookings. "Après coup, cela semble toujours logique. Les indices convergent. Mais dans le monde réel, ce n’est pas aussi simple", assure-t-il.