Politique

Nouvelles tensions entre Alger et Paris

Le Front de libération nationale (FLN) a annoncé une proposition de loi pour « criminaliser » le colonialisme. Elle prévoit de créer des « tribunaux spéciaux » pour « juger les responsables de crimes coloniaux ». Cet épisode intervient après le gel de la création d’une commission parlementaire entre les deux pays et l’inscription de l’Algérie sur la liste française des « pays à risque pour les transports aérien », mal vécue par le gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika.

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Mis à jour le 10 février 2010 à 08:41

Le gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika a mal supporté de figurer parmi les « pays à risque » © AFP

Gel d’un projet parlementaire franco-algérien, volonté de députés algériens de "criminaliser" le colonialisme français… : les relations entre Paris et Alger connaissent un nouvel accès de fièvre inédit depuis cinq ans, qui a encore enflammé le Palais-Bourbon mardi.

Ce nouvel épisode de tension, symptôme de relations toujours passionnelles depuis près de 50 ans, a commencé jeudi quand Alger a annoncé le gel d’une réunion portant sur la création d’une grande commission parlementaire entre les deux pays.

"Criminaliser" le colonialisme français

Motif : le gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika a très mal supporté que la France inscrive l’Algérie sur "une liste de pays à risque pour les transports aériens".

"Comment l’Algérie peut-elle être parmi les pays qui luttent contre le phénomène du terrorisme et dans le même temps figurer sur la liste des pays dont les ressortissants sont soumis à des mesures de contrôle spécifiques ?", a protesté le président de l’Assemblée algérienne, Abdelaziz Ziari.

Fierté algérienne blessée, souvenir de la décennie noire des années 90, le tout sur fond de relation d’amour/haine entre deux pays qui se sont séparés dans le sang après 132 ans : la tension est encore montée d’un cran avec le dépôt au Parlement algérien d’une proposition de loi pour "criminaliser" le colonialisme français, deux ans avant le 50e anniversaire de l’indépendance algérienne en 1962.

"Nous envisageons de créer des tribunaux spéciaux pour juger les responsables de crimes coloniaux ou de les poursuivre devant les tribunaux internationaux", a souligné un député FLN, Moussa Abdi, précisant que la proposition de loi avait été signée par 125 députés de différents partis.

Eric Besson et Thierry Mariani protestent

Amère ironie, cette proposition de loi est l’exacte opposée de la loi française du 23 février 2005 vantant "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Une disposition abrogée un an plus tard, condamnée par le président Bouteflika et qualifiée de "loi de la honte" par des parlementaires FLN.

Cinq ans après, l’histoire se répète, à rôles inversés. C’est au tour des Français de "regretter" la proposition de loi algérienne, dixit Eric Besson, ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale.

Dans la foulée, le député UMP Thierry Mariani a demandé le report de la ratification d’une convention franco-algérienne, finalement adoptée dans un climat tendu mardi matin.

Qualifié d’"ultra" par ses adversaires, M. Mariani est tête de liste UMP pour les prochaines élections de mars en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, région d’arrivée en 1962 pour de nombreux rapatriés et harkis.

L’éventuelle mise en place "des tribunaux d’exception n’est pas acceptable", a aussi déclaré le patron des députés Nouveau centre, François Sauvadet, demandant "une clarification de la part du gouvernement algérien sur cette initiative".

Lors d’un voyage en Algérie le 3 décembre 2007, le président Sarkozy avait dénoncé le système colonial "profondément injuste", tout en refusant la repentance.

Autre signe de la persistance des séquelles de la guerre d’Algérie : trois Français, fils de harkis, campent depuis le 5 mai à proximité de l’Assemblée, pour demander au chef de l’Etat de reconnaître la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de leurs pères en 1962.