Société

Mogadiscio se prépare à la « bataille finale » entre le gouvernement et les insurgés

Des soldats de l'AMISOM le 26 janvier 2010 à Mogadiscio

Des soldats de l'AMISOM le 26 janvier 2010 à Mogadiscio © AFP

Des centaines d’habitants de Mogadiscio ont commencé à fuir la ville en ruines dans la crainte d’une vaste offensive promise par le gouvernement, avec le soutien de la force de paix de l’Union africaine (Amisom), contre les insurgés islamistes. Des combattants lourdement armés sont arrivés en renfort de ces derniers mercredi 10 février.

Mise à jour mercredi 10 février à 14h32

"Le gouvernement clame qu’il va reprendre le contrôle de la ville, les rebelles renforcent leurs positions, et les civils seront encore les premiers à en payer le prix", s’inquiète avec amertume Mohamed, 39 ans, père de trois enfants.

Sa famille vit dans le quartier d’Huriwa (nord), une zone contrôlée par les insurgés. Avec les rumeurs d’attaque imminente, Mohamed a décidé d’installer temporairement ses proches dans le corridor d’Afgoye (périphérie sud-ouest), où s’entassent depuis des années des milliers de déplacés.

Offensive majeure contre les shebabs

Le gouvernement de transition (TFG) a annoncé son intention de lancer prochainement, avec le soutien de l’Amisom, une offensive majeure contre les insurgés shebab, qui se réclament d’al-Qaïda, et leurs alliés du Hezb al-Islam.

Soutenu à bout de bras par la communauté internationale, le TFG ne contrôle qu’une petite partie de la capitale, essentiellement grâce aux 5. 000 militaires burundais et ougandais de l’Amisom.

Les duels d’artillerie qui opposent forces pro-TFG et soldats de la paix aux shebab font régulièrement de nombreuses victimes parmi la population. Mais de l’avis de tous, l’affrontement qui se prépare annonce encore plus de violences. "Ce sera la bataille finale pour nettoyer la capitale de ses terroristes", assure un responsable militaire du TFG, Abdirasak Qeylow. "Nous avons confiance, nous allons les battre".

Reconnaissables à leurs treillis neufs, des soldats du TFG, récemment formés à Djibouti (notamment par l’armée française), ont été déployés sur plusieurs lignes de front dans le centre de Mogadiscio. Les habituels affrontements ont sensiblement augmenté d’intensité depuis trois semaines, et le TFG aurait recruté de nombreux ex-miliciens.

De nouveaux combattants lourdement armés pour aider les shebab

Se disant informés des préparatifs en cours, les shebab se prépareraient "à contre-attaquer" et ont promis la défaite du "gouvernement apostat" et de ses "alliés chrétiens".

Des centaines d’insurgés islamistes lourdement armés sont arrivés mercredi à Mogadiscio où ils ont commencé à se déployer en prévision de l’offensive.

Des témoins dans le corridor d’Afgoye, route en périphérie sud-ouest de la capitale, ont fait état de l’entrée dans la ville de 18 camions chargés de combattants shebab au cours de la nuit de mardi à mercredi.

"Dix-huit camions remplis de shebab sont passés cette nuit à Lafole. Certains de ces camions convoyaient des pièces d’artillerie lourde, d’autres ont pris la route de Danyile (5 km au nord-ouest de Mogadiscio)", a déclaré un témoin, Abdulahi Mohamed.

Osmail Farah, un habitant de Garasbaley (13 km au sud-ouest de Mogadiscio), a confirmé le passage de ce convoi de véhicules, qui empruntait la route venant de la région de Bay et Bakol (sud) sous contrôle des shebab.

"J’ai vu des centaines de combattants shebab se déployer ce matin autour du quartier de Hodan. Ils étaient lourdement armés, équipés de mitrailleuses lourdes et de batteries anti-aériennes" (souvent utilisées pour le combat en sol en Somalie), a précisé un autre témoin, Abdulahi Adan Anwara, un habitant de ce quartier de Mogadiscio tenu par les islamistes.

Un responsable shebab pour la région de Kismayo (bastion islmiste dans le sud de la Somalie), cheikh Hasan Yaqub, a confirmé le départ de combattants insurgés en direction de la capitale.

"Des centaines de moujahidines dévoués ont été envoyés de toutes les régions du pays vers Mogadiscio. Si Dieu le veut, cette bataille sera la dernière pour chasser les forces du gouvernement apostat des quelques zones encore sous leur contrôle", a affirmé M. Yaqub, interrogé au téléphone par l’AFP.

Interrogé par l’AFP, un responsable militaire du TFG a confirmé l’arrivée de ces renforts.

La ville bruisse de rumeurs

La ville bruisse de toutes les rumeurs, poussant en particulier les habitants des quartiers islamistes à trouver temporairement refuge en périphérie. Des dizaines de familles ont ainsi pris la direction du camp de Hawa Abdi. "Beaucoup comme moi ont décidé de se mettre à l’abri avant le début des combats", explique Amino, mère de six enfants à Huriwa.

"Nous sommes revenus à Mogadiscio après le départ des troupes éthiopiennes (janvier 2009). Depuis lors, nous n’avons jamais connu la paix, ce ne sont que combats et bombardements", déplore-t-elle.

D’autres familles sont arrivées récemment dans les camps d’Elashabiyaha et de Lafole.

Selon le HCR, 18. 000 personnes ont été déplacées en janvier à Mogadiscio par les violences. Beaucoup vivent aujourd’hui en dehors des limites de la ville, dans des conditions sanitaires déplorables et souvent dépendants de l’aide humanitaire.

"Cette fois, je crois bien qu’ils vont se battre pour le contrôle de toute la ville. Le TFG comme les shebab sont bien préparés, ils amassent des forces sur les lignes de front", observe Jamal, commerçant dans le bastion shebab de Bakara.

"La guerre n’a jamais apporté de solution aux problèmes de la Somalie", souligne Mohamed Gobe, dont la famille a fui le quartier de Suqbacad. "C’est la sixième fois que les miens doivent quitter la maison. Moi je reste pour garder notre petite épicerie".

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