Société

les promesses non tenues de l’amnisitie des rebelles

En l’absence du président nigérian Umaru Yar’Adua, qui avait personnellement porté ce projet, le programme d’amnistie des groupes rebelles du sud pétrolier peine à se concrétiser. Mais si la stabilité politique ne revient pas rapidement, les anciens combattants pourraient reprendre les armes en signe de protestation.

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Mis à jour le 27 mars 2010 à 10:30

Des combattants armés du sud pétrolifère viennent rendre les armes, le 3 octobre 2009. © AFP

Des combattants armés du sud pétrolifère du Nigeria s’impatientent devant le manque de percées dans le programme d’amnistie proposé par les autorités et celui-ci pourrait dérailler, prévient l’un de leurs ex-commandants. Le président Umaru Yar’Adua a offert une amnistie en 2009 aux combattants du delta du Niger (sud) qui s’en prennent depuis des années à l’industrie pétrolière, à condition qu’il déposent leurs armes. En octobre 2009, environ 20 000 d’entre eux, selon les chiffres officiels ont répondu à l’appel, se voyant promettre en contre-partie formations, emplois et indemnités. Cinq mois plus tard, ces promesses tardent à se concrétiser, déplorent de nombreux bénéficiaires du programme.

"Ils ont promis beaucoup de choses (…) des emplois, de meilleures conditions de vie", explique à l’AFP Gospel Tamouno, aussi appelé JP, ex-commandant d’une unité du Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (Mend), principal groupe armé opérant dans cette région-clé depuis 2006. "Personne n’est satisfait (…) mais les jeunes continuent d’attendre et d’espérer", déclare ce trentenaire vêtu d’un costume sombre, lors d’un entretien dans un hôtel de Warri, l’une des principales villes du delta.

M. Tamouno met cependant en garde : "Certains sont patients mais d’autres ne le sont peut-être pas. Les impatients sont ceux qui créent la révolution", explique-t-il, en référence au Joint Revolutionary Council (JRC), un mouvement qui a revendiqué plusieurs attaques d’oléoducs ces dernières semaines. Quelques heures seulement après cet entretien, des voitures piégées ont explosé aux abords d’une conférence à Warri consacrée à l’aministie, réunissant ex-combattants et officiels. L’attaque a été revendiquée par le Mend, qui a mis fin le 30 janvier à un cessez-le-feu de plusieurs mois.

Impasse

Le président nigérian, à la tête du 8e exportateur mondial de brut, s’était personnellement impliqué dans l’amnistie, rencontrant lui-même certains dirigeants de mouvements armés. Sa longue absence médicale est considérée comme la cause principale de l’impasse actuelle du processus de pacification. Evacué vers un hôpital en Arabie saoudite le 23 novembre, il n’est pas réapparu en public depuis, même après son retour au Nigeria, le 24 février. "J’étais surpris, je n’avais jamais vu un président nigérian avec de telles idées. Il a fait quelque chose de grand en offrant l’amnistie aux jeunes du delta du Niger", estime Gospel Tamouno. "Ca n’est pas facile de faire sortir les gens des criques", caractéristiques des terrains marécageux du delta, concède-t-il.

Les médias ont rapporté cette semaine que les activités de formation de 20 192 combattants repentis, dans trois centres de réinsertion, avaient été suspendues dans l’attente de la formation d’un gouvernement, après la dissolution du 17 mars. Peu avant cette mesure, le président par intérim Goodluck Joanathan avait mis de côté huit milliards de nairas (40 millions euros) pour le programme post-amnistie, selon un ministre. Les ex-combattants reçoivent mensuellement environ 400 dollars, mais mardi, des milliers d’entre eux ont manifesté, affirmant ne pas avoir été payés.

Selon Gospel Tamouno, si les militants ont déposé quelque 10 000 armes, il en reste environ 30 000 qui pourraient servir "si le gouvernement ne poursuit pas son projet initial". Une rencontre entre Goodluck Jonathan, originaire du delta, et des dirigeants de groupes armés serait prévue vendredi à Abuja, selon les médias.