Économie

Mines de cuivre de Kamoto : la Gécamines tente de s’expliquer

Après avoir annoncé son intention de céder ses parts dans la mine de cuivre de Kamoto, la Gécamines confirme avoir lancé un appel d’offres, mais précise… pouvoir toujours revenir sur sa décision.

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Mis à jour le 18 octobre 2013 à 17:38

Albert Yuma est le président du conseil d’administration de la Gécamines. © DR

Vendra, vendra pas ? Difficile de juger l’étrange numéro d’équilibriste auquel se livre actuellement la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines), la société nationale minière congolaise. Début octobre, dans un échange avec l’agence Bloomberg, Albert Yuma, le président du conseil d’administration de la société congolaise, annonçait l’intention de la Gécamines de céder sa participation de 20% dans Kamoto Copper Company (KCC), l’exploitant de la mine de cuivre de Kamoto en RD Congo, « afin de récolter des fonds pour d’autres projets ». Dans cet entretien, il indiquait également que quatorze entreprises figuraient parmi les participants à l’appel d’offres.

Problème : cette annonce a pris les autorités de la RD Congo de court. En effet, comme l’a révélé Jeune Afrique, la décision de la Gécamine a été prise sans que le gouvernement de la RD Congo, ni la Présidence de la République n’aient été informés, alors que l’État est l’actionnaire unique de la Gécamines.

L’ombre de Dan

Si l’affaire a pris de l’ampleur, c’est aussi parce que parmi les candidats au rachat, désignés par Bloomberg, figure Fleurette Group, holding d’investissement de la famille du controversé homme d’affaires israélien Dan Gertler. Dans le passé, la revente par la Gécamines de parts dans cinq projets miniers katangais (Kolwezi, Kabolela, Kipese, Mutanda et Kansuki) à des sociétés immatriculées aux Îles Vierges britanniques, liées à Dan Gertler, avait provoqué de vives tensions avec le Fonds monétaire international et avait également été dénoncé dans le « Rapport 2013 sur les progrès en Afrique » de l’Africa Progress Panel, mené par Kofi Annan. Selon ce rapport, ces transactions auraient en effet permis à ces sociétés d’enregistrer une plus-value, réelle ou potentielle, de 1,3 milliard de dollars (environ 1 milliard d’euros).

Dans un communiqué publié le 18 octobre, la Gécamines a confirmé « qu’un processus d’appel d’offres a été lancé », mais précise qu’à ce stade du processus, la société congolaise « peut toujours revenir sur sa décision de vendre sa participation », et que « toute décision tiendra compte de plusieurs facteurs, y compris les modalités et les prix proposés ».

Dans le même communiqué, Albert Yuma souligne que « la mise en œuvre de la stratégie de l’entreprise, approuvée par l’État en tant qu’actionnaire, y compris la vente potentielle d’actifs, fait constamment l’objet de discussions et d’échanges avec l’Etat actionnaire. » La Gécamines a ajouté que le processus de vente de ses parts dans Kamoto est « conforme au plan de développement stratégique 2012-2016 de la Gécamines dont l’objectif principal est de repositionner la société en tant que premier producteur mondial de cuivre » et implique que l’entreprise se reconcentre « sur des actifs stratégiques dans lesquelles la société détient une participation majoritaire. »

Sollicité par Bloomberg, l’Africa Progress Panel n’a pas manqué de ses positionner sur cette délicate affaire. « Si la Gécamines va de l’avant avec la vente KCC, alors nous les exhortons à prouver que un appel d’offres ouvert et concurrentiel a vraiment été mené, et de montrer des signes d’une évaluation indépendante et crédible, » a souligné Caroline Kende-Robb, directrice exécutive de l’African Progress Panel. « L’histoire récente a montré que les sous-évaluations systématiques et l’absence de compétition dans les ventes à des acheteurs étrangers ont été désastreuses pour la RD Congo. »