Société

Pourquoi le Ghana s’est qualifié

Seule équipe africaine à poursuivre la compétition, le Ghana ne s’est pas qualifié pour les quarts de finale du Mondial de football par hasard. C’est là le résultat d’une politique sportive réelle et structurée.

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Mis à jour le 29 juin 2010 à 10:20

Le Ghana, qui affrontera l’Uruguay vendredi 2 juillet en quart de finale, s’est appuyé sur des structures solides pour devenir le troisième pays africain de l’histoire à atteindre ce niveau lors d’un Mondial après le Cameroun (1990) et le Sénégal (2002).

La Fédération soutient son sélectionneur

La Fédération ghanéenne ne vire pas de bord au premier coup de vent, comme trop de ses homologues africaines. Si le Nigeria a licencié Shaibu Amodu, qui avait pourtant qualifié les Super Eagles pour la Coupe du monde et terminé 3e de la Coupe d’Afrique, pour aller chercher un Européen au pedigree plus prestigieux (Lars Lägerback), la GFA et son président Kwesi Nyantakyi ont défendu contre les critiques le choix d’un illustre inconnu, le Serbe Milovan Rajevac, ancien adjoint de Bora Milutinovic, pour succéder à Claude Le Roy.

Elle l’a laissé travailler, comme le Français avait pu préparer à sa guise la CAN 2008 à domicile (le Ghana avait fini 3e), et l’a soutenu quand il a exclu pour raisons disciplinaires la star Sulley Ali Muntari de la CAN 2010. Le message est passé : c’est l’équipe qui prime, et Muntari s’est assis sur le banc, prêt maintenant à remplacer Andre Ayew, suspendu contre l’Uruguay.

Une vraie politique de formation

Régulièrement titré ou placé chez les jeunes (champion du monde des moins de 17 ans en 1991 et 1995 et des moins de 20 ans en 2009), le Ghana mène une politique de formation cohérente. Il a eu l’intelligence de préparer les meilleurs éléments des champions du monde des moins de 20 ans en 2009 en les intégrant à l’équipe de la CAN.

Leur capitaine, Ayew, le fils d’Abedi Pelé, éclate sur la scène mondiale. C’est lui qui a offert le but vainqueur à Asamoah Gyan contre les États-Unis (2-1 après prolongations ). Abedi Pelé contribue d’ailleurs au développement du football de son pays. Le club qu’il a créé en 1996, Liberty Professionnals, s’appuie sur la formation et joue désormais en première division. Il réinvestit l’argent des transferts en bâtiments ou programmes d’éducation. Un tiers des Black Stars 2010 viennent des "LP" (Muntari, Derek Boateng, Asamoah Gyan…), où a débuté la star Michael Essien (Chelsea), forfait pour le Mondial. Le réservoir est si riche que le Ghana atteint les quarts de finale sans son meilleur joueur ! À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire a fait jouer Didier Drogba avec un bras cassé et le Nigeria n’a pas su se passer de John Obi Mikel.

Des clubs solides

Il y a Real Madrid-Barcelone en Espagne, et Ashanti Kotoko-Hearts of Oak au Ghana. La saine émulation entre les deux grands clubs du pays, le premier de Kumasi (vainqueur de deux Ligues des champions d’Afrique), le second d’Accra (une Ligue des champions), maintient le football ghanéen à un bon niveau. La professionnalisation en cours du championnat, grâce notamment à des sponsors privés, comme dans d’autres pays (l’Algérie, par exemple, également présente au Mondial), devrait permettre de garder un peu plus longtemps les meilleurs jeunes au pays, plutôt que de les voir partir tenter leur chance en Europe à l’âge de 14 ans. Cette solution est défendue par la Fifa comme la meilleure façon d’empêcher le pillage des adolescents doués pour le football. Les meilleurs finiront par partir, mais vers l’âge de 18 ou 20 ans, pas avant. Et reviendront faire profiter les "Black Stars" de leurs progrès.