Société

Viols collectifs de Luvungi : les victimes racontent la tragédie

Auteurs de viols collectifs sur 284 femmes fin juillet à Luvungi, dans l’est de la RD Congo, les rebelles hutus et miliciens Maï-Maï sont accablés par les témoignages des victimes de cette tragédie.

Par
Mis à jour le 8 septembre 2010 à 18:23

« Toutes les femmes qui étaient présentes ce jour-là au village ont été violées. Ils (les agresseurs) n’ont pas fait de distinction entre les vieilles et les jeunes. Ils ont violé les filles à partir de 13 ans », a expliqué à l’AFP Monica Tamary, 30 ans, responsable des femmes de Luvungi.

« Cette nuit-là personne ne s’est endormie. Ils ont chassé toute la nuit », ajoute-elle.

Le village compte environ 350 femmes et « celles qui en ont réchappé, n’étaient pas là. Elles étaient dans les carrières » de mines, situées dans la forêt autour de la localité, à plusieurs heures de marche.

Fouilles intimes

Luvungi est un petit centre de négoce pour l’or, de mauvaise qualité, extrait de manière artisanale par des « creuseurs » œuvrant dans les mines. Sur le marché, des femmes échangent de la nourriture contre de l’or avec les « creuseurs » et revendent le métal précieux à de petits négociants.

Elles conservent souvent quelques grammes d’or cachés autour de la hanche sous leurs vêtements, mais, affirme Monica, « je n’ai jamais vu d’or caché » dans leurs parties génitales où les assaillants ont fouillé avec leurs doigts, prétextant vérifier qu’elles n’en dissimulaient pas.

Monica, mère de cinq enfants, dont un garçon de 3 mois, a été violée par deux assaillants. Quand ils sont arrivés chez elle, « ils sont entrés la braguette déjà ouverte », relate-t-elle.

Ils lui ont enlevé son bébé des bras, l’ont mis par terre dans un coin d’une pièce et ont violé la mère sous les yeux de l’enfant.

Mangaza Zawadi, 28 ans, a aussi été violée par deux hommes devant sa fille de 8 ans. « L’un a giflé ma fille parce qu’elle pleurait et criait, et il a dit “Mais qu’elle cesse de faire du bruit !”. »

Son mari a fui dans la forêt. « Je ne pouvais pas rester ni protéger ma femme et ma fille. Ils avaient des armes », explique-t-il devant son épouse, compréhensive.

Violée devant ses enfants

Buira Lubunga, 27 ans, est revenue le 4 septembre de l’hôpital de Kibua, à une vingtaine de kilomètres de Luvungi où elle était soignée depuis deux semaines. Sept hommes l’ont violée à tour de rôle, devant ses cinq enfants, dont le plus jeune est âgé d’un an et demi.

Cela s’est passé dans la forêt où elle s’était cachée non loin de sa maison.

Son mari aussi a fui. « Je ne peux pas lui en vouloir. Chacun doit se sauver. Dieu merci, nous sommes vivants », dit-elle, l’air las.

Pour elle, ses violeurs sont « des hommes sans conscience. Ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Plus d’un mois après son calvaire, elle a « encore des douleurs au ventre. J’ai toujours peur mais ici c’est chez moi. Je ne peux pas aller ailleurs ».

L’ONG International medical corps (IMC) qui appuie des centres de santé locaux dans la zone, a donné des premiers soins aux victimes dès le 6 août, notamment pour des infections. Des pilules abortives ont été administrées aux femmes pour interrompre les grossesses provoquées par les viols.

Les médecins d’IMC ont aussi sensibilisé les femmes et leurs maris aux risques de sida et de maladies sexuellement transmissibles, en leur demandant d’aller passer des tests dans les centres de santé. Un accompagnement psychologique a été proposé à certaines victimes.

Tantini Kahindu, 16 ans, a été la victime de trois hommes. Elle marche encore difficilement et reste en état de choc : « J’y pense toujours, dit-elle. Je revois souvent les images, cela me trouble. »