Société

Konaté promet la « tolérance zéro » après des violences ethniques

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Mis à jour le 24 octobre 2010 à 15:35

Le président de la transition en Guinée, le général Sékouba Konaté, a averti qu’il ne tolérerait pas « que des Guinéens soient traqués à cause de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique » après les récentes violences dans le pays. Il a renvoyé dos à dos les partisants de Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, estimant que les auteurs des violences étaient « de tous les bords ».

L’ex-officier putschiste, nommé il y a dix mois pour diriger le pays jusqu’aux premières élections libres de son histoire, a affirmé samedi soir à la télévision d’Etat: "la Guinée appartient à tous les Guinéens qui doivent se sentir chez eux partout où ils auront choisi de vivre sur notre territoire, un et indivisible, comme notre destin".

"Je n’accepterai pas que des Guinéens se sentent étrangers chez eux ou soient traqués à cause de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique. L’unité de la Nation sera préservée à tout prix", a-t-il ajouté, lisant une déclaration, des militaires en armes derrière lui.

Promettant "la tolérance zéro", il a assuré que "les auteurs, commanditaires ou complices des actes de violences" étaient "de tous les bords".

Accrochages

L’officier s’exprimait après des accrochages entre partisans des deux candidats au second tour de la présidentielle – Alpha Condé (malinké) et Cellou Dalein Diallo (peul) – mais également après une série d’agressions visant spécifiquement des Peuls, vendredi et samedi, à Conakry, Kankan (est) ou Siguiri (nord-est).

"Des jeunes ont attaqué des Peuls, ici, à Siguiri. Beaucoup de boutiques ont été saccagées", a ainsi affirmé à l’AFP un habitant de la ville. Des témoins ont assuré que des assaillants criaient "Vous avez empoisonné nos parents (à Conakry), on va vous chasser".

Une allusion à une rumeur accusant "les Peuls du parti de Diallo" d’avoir "empoisonné des boissons distribuées à des gens du parti de Condé".

Des dizaines de militants du parti de M. Condé avaient été hospitalisés vendredi à Conakry, pour des maux de ventre ou des vomissements, après avoir consommé des boissons au cours d’un meeting.

Samedi, les deux candidats ont chacun lancé "un appel au calme" à leurs militants, les exhortant à bannir les tensions entre ethnies.

Organisation sans délai des élections

Alors que le pays attend de connaître la date du second tour de la présidentielle, reporté vendredi, le général Konaté a appelé à "soutenir" le nouveau président de la Commission électorale, le général malien Sakia Toumani Sangaré.

"La seule et unique tâche, désormais, doit être l’organisation sans délai des élections pour lesquelles personne ne doit constituer un obstacle", a-t-il insisté, réaffirmant son "empressement" à quitter le pouvoir.

Ex-ministre de la Défense de la junte qui avait pris le pouvoir fin 2008 à la mort du général Lansana Conté (1984-2008), l’officier a soutenu que l’armée devait être "félicitée" pour "son calme".

M. Dalein Diallo avait accusé samedi les forces de l’ordre de violences, viols et arrestations arbitraires, en évoquant "un déferlement de répression dans les quartiers réputés fiefs" de son parti.

Le président de l’Observatoire national de la démocratie et des droits de l’homme (ONDH), Mamadou Aliou Barry, a été "tabassé" samedi par des militaires, selon ses proches.

Treize mois après le massacre de 157 personnes par les forces de défense et de sécurité, le général Konaté a conclu: "Il n’est pas question d’être interpellés à nouveau par la justice nationale et internationale à cause de nouvelles exactions et d’un autre bain de sang".

Le président malien Amadou Toumani Touré a appelé samedi à être "indulgent" au sujet de la présidentielle en Guinée, en disant que "depuis 50 ans, c’est la première fois que la Guinée organise des élections plurielles. Ils ne sont pas habitués".