Économie

L’américain Symbion Power veut profiter de l’aubaine Obama

L’entreprise énergétique américaine Symbion Power cherche à se renforcer sur le continent africain. Son atout ? Power Africa, le vaste programme d’électrification annoncé début juillet 2013 par le président des États-Unis.

Mis à jour le 28 octobre 2013 à 10:02

Paul Hinks, directeur général de Symbion Power, préside le Corporate Council on America. DR

Entre Paul Hinks et l’Afrique, c’est une longue histoire. Spécialisé dans la réalisation d’unités de production et de réseaux de distribution d’électricité, l’Anglais a sillonné le continent pendant plus de trente ans, d’abord pour le compte de plusieurs sociétés britanniques, puis américaines, avant de monter en 2005 sa propre compagnie, Symbion Power, avec Richard Westbury, le président de Hart Group (spécialisé dans la sécurité), actionnaire de l’énergéticien basé à Washington.

Les besoins énergétiques en Afrique sont nombreux. Les possibilités aussi.

Reconstruction

L’entreprise avait été lancée pour capter les grands projets d’infrastructures financés par les États-Unis pour la reconstruction de l’Irak et de l’Afghanistan. Elle a effectivement été l’un des dix plus importants bénéficiaires de l’Iraq Relief and Reconstruction Fund, remportant neuf contrats de distribution d’électricité dans le nord du pays.

En Afghanistan, Symbion Power a construit une centrale électrique de 100MW dans la capitale, Kaboul. Mais la compagnie a revu sa stratégie. « Depuis deux ans, nous souhaitons arrêter de travailler avec le gouvernement américain pour nous concentrer sur nos propres projets », explique Paul Hinks.

Besoins criants

Dans la foulée, Symbion Power a détourné son regard du Moyen-Orient au profit de l’Afrique, « où les besoins énergétiques sont aujourd’hui les plus criants et les possibilités les plus nombreuses », reprend le directeur général.

Installé un temps en Tanzanie dans les années 1980, Paul Hinks ne tarde pas à y réactiver ses réseaux et décroche en 2010 son premier contrat en Afrique, d’une valeur de 100 millions de dollars (75 millions d’euros), pour la construction de 1 400 km de lignes électriques.

Depuis, Symbion Power est devenu propriétaire de deux unités de production, dont une de 120 MW à Dar es-Salaam, ce qui en fait aujourd’hui, selon Paul Hinks, « le premier acteur privé du secteur énergétique tanzanien ». La compagnie a en outre remporté début 2013 un contrat qui lui permettra de développer conjointement avec l’opérateur public Tanzania Electric Supply Company (Tanesco) une centrale de 400 MW et un réseau de distribution de 650 km.

Année faste

Cette année a d’ailleurs été faste pour l’entreprise américaine en Afrique : elle a décroché en janvier un contrat de 300 millions de dollars pour la construction d’une centrale de 976 MW au Nigeria, puis a pris pied en Afrique du Sud en acquérant le distributeur local EJ & Power, devenu Symbion PNC. Dernière implantation réussie : le Kenya, où l’énergéticien a été retenu en septembre pour construire et opérer une centrale géothermique de 30MW, qui devrait démarrer dans le courant de l’année 2014.

Pour 2013, le chiffre d’affaires devrait atteindre 180 millions de dollars, en hausse de 80% par rapport à 2012. Il est réalisé « à 95% en Afrique », précise Paul Hinks. Et la tendance n’est pas près de s’inverser, alors que l’opérateur multiplie les projets de développement au Malawi, en Sierra Leone et au Liberia, tout en gardant un oeil sur le Sénégal et le Burkina Faso, dans une Afrique francophone qu’il connaît pour l’heure assez mal.

Avoir un VRP comme Barack Obama facilite les négociations

Power Africa

Mais c’est encore en Tanzanie que Symbion Power nourrit les plus grandes ambitions, grâce à l’initiative Power Africa, présentée par Barack Obama début juillet lors de sa visite officielle dans le pays.

En s’appuyant sur des partenariats public-privé, le gouvernement américain doit débloquer 7 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années afin de fournir de l’électricité à plus de 20 millions de foyers supplémentaires sur le continent.

Présents lors du discours présidentiel, les dirigeants de General Electric et de Symbion Power apparaissent déjà comme les grands gagnants potentiels de ce vaste programme. Le secteur privé américain s’est engagé à hauteur de 9 milliards de dollars, dont un cinquième apporté par Symbion Power pour développer une capacité supplémentaire de 1 500 MW répartie dans différents pays du continent.

Corporate Council on Africa

« Avoir un VRP comme le président Obama facilite les négociations », souligne Paul Hinks, qui confirme travailler en relation très étroite avec la Maison Blanche, surtout depuis qu’il est devenu, en mars 2012, président du Corporate Council on Africa (CCA, l’organisme de promotion des échanges économiques entre les États-Unis et l’Afrique). « Le continent a un avenir brillant devant lui, il est urgent que les compagnies américaines aillent sur place s’en rendre compte », insiste-t-il.

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Au sein du CCA, il prêche pour que les responsables des grandes entreprises « changent leur vision passéiste de l’Afrique ». Son objectif : doper les échanges commerciaux de la zone subsaharienne avec les États-Unis. En 2012, ils étaient estimés à un peu plus de 70 milliards de dollars, soit trois fois moins qu’entre l’Afrique et la Chine.

« Il existe aujourd’hui sur le continent des pays très attrayants pour les investisseurs, comme le Liberia ou la Sierra Leone, mais surtout le Nigeria, dont les besoins sont énormes et qui a tout pour devenir la grande puissance continentale de demain », estime le patron de Symbion Power, qui explore plusieurs pistes dans ce pays pour la production d’électricité par biomasse ou géothermie.