Agroalimentaire

Cameroun : après Castel, André Siaka met le cap sur le BTP

Né en 1949, André Siaka devient directeur général des Brasseries du Cameroun en 1988. © Vincent-Fournier/JA

André Siaka, l'emblématique directeur général des Brasseries du Cameroun, qui se retirera en janvier, a tout prévu pour passer le relais en douceur. Et se consacrer à son nouveau défi : la création d'une société de BTP, baptisée Routes d'Afrique.

Dans le milieu camerounais des affaires, André Siaka est un « baobab ». Patron des patrons pendant quinze ans (jusqu’en 2008), administrateur de plusieurs entreprises, dont l’opérateur Orange Cameroun et l’assureur Chanas, ce polytechnicien de 64 ans est incontournable… Mais il a surtout marqué de son empreinte la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC), leader national de la bière (82,2 % de parts de marché) et des eaux embouteillées (72 %).

Une filiale du groupe Castel qu’il dirige depuis vingt-cinq ans et qu’il s’apprête à quitter en janvier. « Dans les prochains jours, j’aurai l’occasion de vous présenter celui qui est appelé à me succéder, Francis Batista, précédemment directeur général des Brasseries Star à Madagascar », a-t-il récemment indiqué à ses équipes dans une note interne, confirmant ainsi une information publiée quelques jours plus tôt par Jeune Afrique.

Lire aussi :

Les Brasseries du Cameroun changent de tête
Cameroun : bras de fer chez les brasseurs
Pierre Castel, l’homme qui met l’Afrique en bouteille

Mûr

André Siaka assure avoir bien préparé son départ. « La direction et moi l’envisagions depuis deux ans. Et Paris a trouvé un successeur qui arrive au moment où mon projet personnel est pratiquement mûr », explique l’homme filiforme en ce dimanche après-midi d’octobre, tout en gardant un oeil sur son ordinateur et sa tablette tactile. « Les transitions non maîtrisées peuvent créer des remous », poursuit-il, faisant allusion à la « crise de croissance et [à la] transition difficile » qui ébranlent depuis quelques mois le groupe bancaire panafricain Ecobank, dont il est également vice-président – il a d’ailleurs été pressenti un temps pour en devenir le prochain président.

Pour accompagner la transition au sein de SABC, André Siaka prendra la présidence de Systèmes d’informations Brasseries Castel (Sibraca Afrique, une filiale gérant l’ensemble des systèmes informatiques des entreprises du groupe français sur le continent), tout en demeurant administrateur délégué d’un brasseur en pleine forme. En hausse de 5,6 % par rapport à l’exercice précédent, le chiffre d’affaires des Brasseries du Cameroun s’est établi à 321,5 milliards de F CFA (490 millions d’euros) en 2012, pour un bénéfice de 36,4 milliards de F CFA.

Andre-Siaka infoDes performances enviables à mettre essentiellement à l’actif de la politique de redressement menée par cet ingénieur de formation, nommé directeur général en 1988. Car un an avant son arrivée, l’entreprise – qui comptait alors 5 000 salariés, contre 3 000 aujourd’hui – avait connu de graves difficultés, en raison de la crise économique qui frappait alors le Cameroun.

Motivés

À peine a-t-il pris ses nouvelles fonctions qu’André Siaka enclenche un processus d’externalisation de certaines activités de manutention (menuiserie, maçonnerie, peinture…). « Historiquement, l’existence de ces métiers au sein de l’entreprise se justifiait, puisqu’ils n’existaient pas au Cameroun lors de sa création, en 1948. Mais dans les années 1990, il nous fallait nous concentrer sur notre coeur de métier », explique-t-il. La distribution n’échappe pas non plus à la restructuration. Les transporteurs livreurs, qui percevaient jusque-là un salaire fixe, sont désormais rémunérés en fonction de leur rendement. « Ils sont donc motivés à vendre toujours plus pour gagner de l’argent et l’entreprise accroît ainsi son chiffre d’affaires », explique le patron. Cette transformation des charges fixes en charges variables est devenue une référence dans les écoles de commerce camerounaises.

Sa principale satisfaction : « que SABC ne soit plus perçue comme une entreprise coloniale, mais comme un patrimoine national ».

Le retour à l’équilibre interviendra au début des années 2000, soit des années après l’inversion de la tendance amorcée à la suite de la dévaluation du franc CFA, en 1994. Mais André Siaka assure que les bons résultats du groupe ne sont pas sa plus grande satisfaction. Il se réjouit plutôt du « fait que les Brasseries du Cameroun ne soient plus perçues comme une entreprise coloniale, mais comme un patrimoine national ». Une réussite d’autant plus importante à ses yeux qu’elle s’est accompagnée d’une montée en puissance des compétences locales au sein de la société. À sa prise de fonctions, celle-ci employait 66 expatriés ; il n’en reste plus qu’une dizaine.

Ce natif de Bandjoun (ouest du pays) a rejoint les Brasseries du Cameroun à la suite d’une déception. Il avait été recruté à sa sortie de l’École polytechnique de Paris par Société générale, dont l’objectif était, à terme, de lui confier sa filiale camerounaise. Un projet rapidement compromis par la réforme mise en oeuvre par les autorités de son pays pour s’assurer le contrôle des établissements de crédit. Après l’installation par le gouvernement d’un autre Camerounais à la tête de la banque, l’employeur d’André Siaka lui propose trois solutions de remplacement : un poste à Paris, à l’étranger ou… la position de numéro trois dans la filiale qu’il devait diriger. « Pensez-vous qu’il soit très ambitieux de revenir au Cameroun pour être numéro trois, sans perspective de dépasser ce stade un jour ? » répond alors le jeune homme. Avant d’accepter l’offre des Brasseries du Cameroun : « On n’a jamais rien négocié, même pas mon salaire. »

Gouvernement

Désormais, celui qui, jeune, rêvait de devenir ingénieur des Ponts et Chaussées veut ouvrir un nouveau chapitre avec Routd’Af (Routes d’Afrique), une entreprise de travaux publics spécialisée dans les infrastructures routières qu’il compte lancer au premier trimestre de 2014. Son but : réunir un capital initial de 3 millions d’euros. Des négociations sont en cours avec des Sud-Africains. À moins que Paul Biya ne décide de le nommer ministre après la proclamation des résultats des élections législatives et municipales du 30 septembre, comme la presse camerounaise n’a de cesse de le pronostiquer. « On ne sert pas seulement son pays en étant au gouvernement », glisse prudemment l’intéressé.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte