Politique

Présidentielle : Abidjan accuse Wade de conspiration après un voyage de Ouattara à Dakar

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Mis à jour le 6 novembre 2010 à 00:37

 La présidence ivoirienne a accusé vendredi le Sénégal de « conspiration » et rappelé son ambassadeur à Dakar, après une rencontre entre le chef de l’Etat sénégalais Abdoulaye Wade et l’opposant Alassane Ouattara, rival du sortant Laurent Gbagbo au second tour de la présidentielle ivoirienne.Cet incident diplomatique est un nouvel épisode des relations tourmentées entre les présidents Gbagbo et Wade.  

"On a le droit de soutenir (un candidat), mais on n’a pas le droit de conspirer en vue d’une déstabilisation", a déclaré à l’AFP le conseiller diplomatique de M. Gbagbo, Alcide Djédjé.

"La Côte d’Ivoire a rappelé son ambassadeur au Sénégal. L’ambassadeur du Sénégal en Côte d’Ivoire a été convoqué aujourd’hui (vendredi) au ministère des Affaires étrangères et a reçu une lettre de protestation des autorités ivoiriennes", a-t-il indiqué.

"Ingérence intolérable"

L’audience accordée jeudi à Dakar par le chef de l’Etat sénégalais à l’adversaire de M. Gbagbo au second tour, quelques heures après la proclamation des résultats du premier tour du 31 octobre, est "une ingérence intolérable du Sénégal dans les affaires intérieures de la Côte d’Ivoire", a-t-il affirmé.

M. Wade "a envoyé un avion pour chercher" l’ex-Premier ministre Ouattara et l’autre dirigeant de l’opposition ivoirienne, l’ancien chef d’Etat Henri Konan Bédié, a poursuivi M. Djédjé. "Bédié a refusé de partir, Ouattara est parti avec une forte délégation".

"C’est incroyable", "du jamais vu en plein second tour", a ajouté ce proche du président Gbagbo. "Si (le président sénégalais) soutient Ouattara, il peut le faire plus discrètement, comme ça se fait partout", a-t-il dit.

Interrogé par l’AFP, le porte-parole du gouvernement sénégalais, Moustapha Guirassy, a dit que le Sénégal "prend acte" de l’"accusation très grave" portée par Abidjan.

Le Sénégal n’avait "pas été choqué de voir des adversaires du président de la République reçus par le président ivoirien" pendant la campagne présidentielle en Côte d’Ivoire, a-t-il souligné, citant deux opposants sénégalais, Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse.

"Nous considérons la Côte d’Ivoire comme un Etat indépendant et souverain qui a la possibilité et le droit de rappeler son ambassadeur quand il le désire", a-t-il encore relevé. "Nous en prenons acte".

Le porte-parole n’a pas officiellement confirmé la rencontre entre MM. Wade et Ouattara mais a fait valoir que le président sénégalais avait "toujours reçu des hommes politiques de la sous-région". "Il a toujours agi pour la paix", a-t-il affirmé.

L’entourage de M. Ouattara avait indiqué vendredi matin que le candidat avait "eu une audience jeudi à Dakar avec le président Wade", avant de rentrer à Abidjan vendredi. Le contenu de l’entretien n’a pas été précisé.

Alassane Ouattara, qui au premier tour a recueilli 32,1% des voix, derrière M. Gbagbo (38,3%), était accompagné à Dakar de Me Jeannot Ahoussou, haut dirigeant du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, ex-parti unique), selon le PDCI. M. Bédié, candidat de ce parti, est arrivé troisième (25,2%).

Le président Wade s’était impliqué dans les efforts de règlement de la crise politico-militaire ivoirienne de 2002, mais ses relations avec le régime Gbagbo ont connu des coups de froid, avant un réchauffement récent.