Politique

Législatives : l’opposition se retire de la course et dénonce des irrégularités

Les Frères musulmans et le Wafd ont déclaré qu’ils ne participeraient pas au second tour de élections législatives prévu dimanche, après des fraudes et des violences au premier tour.

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Mis à jour le 2 décembre 2010 à 10:22

Les principaux mouvements d’opposition islamiste et laïque ont décidé mercredi 1er décembre de se retirer des législatives en cours en Égypte, en dénonçant des fraudes massives et des violences au profit du parti au pouvoir, qui les a écrasés au premier tour.

Le Parti national démocrate (PND) du président Hosni Moubarak sera ainsi de fait quasiment la seule formation présente au second tour dimanche, face à quelques petits partis de l’opposition légale sans grande audience et à des indépendants.

Invalidation du scrutin

Les Frères musulmans, première force d’opposition en Égypte qui n’a eu aucun élu au 1er tour le 28 novembre, ont justifié dans un communiqué leur retrait par les violences et les « résultats falsifiés ». Le 1er tour « a été marqué par des fraudes, du terrorisme et de la violence de la part de la police et des hommes de main du PND. Le peuple a vu tous les crimes recensés par les organisations de la société civile […] tout ceci nous amène à reconsidérer notre participation au second tour, bien que nous ayons 27 candidats et candidates en ballottage », ont-ils indiqué.

Interdits mais qui avaient présenté leurs candidats comme « indépendants », les Frères musulmans ont assuré qu’ils prendraient « toutes les mesures légales » pour faire invalider la « pseudo-assemblée » qui sortira du second tour. La confrérie, dont des centaines de ses membres avaient été arrêtés ces dernières semaines, dispose de 88 sièges dans l’assemblée sortante.

Le Wafd, plus important parti de l’opposition légale laïque avec six sièges dans l’assemblée élue en 2005, a lui aussi décidé de se retirer pour protester contre le déroulement du vote, a déclaré à l’AFP son secrétaire général, Mounir Abdel Nour. « Nous allons nous retirer de l’ensemble de l’élection, y compris pour les deux sièges que nous avons gagnés au premier tour », a-t-il dit.

"Séisme électoral"

Sur les 221 sièges pourvus au premier tour (sur 508 au total), 209 sont allés au PND, soit 94,5 %. Pour le quotidien indépendant al-Chourouq, ces résultats constituent « un séisme électoral pour l’opposition ».

« Si un parti gagne toutes les élections durant trente ans sans aucune exception, cela veut dire que la fraude est devenue une partie intégrante de la structure du régime », estimait l’éditorialiste Hassan Nafaa du journal indépendant al-Masri al-Yom.

Ce scrutin se tient dans un climat d’incertitude politique, à un an d’une élection présidentielle pour laquelle M. Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis 29 ans, n’a pas encore dit s’il se présenterait. Son entourage assure toutefois qu’il briguera un nouveau mandat malgré les interrogations sur sa santé.

Ingérence "inacceptable"

Des observateurs égyptiens indépendants et une partie de la presse ont dénoncé des irrégularités au profit du PND, avec des urnes bourrées, des achats de vote et l’envoi d’hommes de main pour intimider les électeurs.

Dans de nombreux endroits, les observateurs de la société civile et ceux appointés par les candidats d’opposition n’ont pu accéder ni aux bureaux de vote, ni aux centres de dépouillement, selon des témoins.

Les États-Unis, proche allié de l’Égypte et l’un de ses principaux bailleurs d’aide, se sont dit « déçus » devant la manière dont le scrutin a été conduit. Le gouvernement égyptien a rejeté cette déclaration comme une « ingérence inacceptable dans (ses) affaires intérieures ».

Il a aussi balayé toutes les critiques, affirmant que seules 1 053 urnes sur 89 588, soit 1,2 %, avaient été invalidées en raison d’irrégularités.

Pour le PND, « le problème des courants politiques faibles en Égypte, c’est qu’ils cherchent à mettre leurs fautes sur le dos de autres. Le PND n’est pas responsable de leur échec. Il n’est responsable que de la victoire de ses candidats ».