Politique

Après l’annonce des résultats du premier tour, barricades et manifestations

Des barricades ont été érigées mardi soir à Port-au-Prince où des coups de feu ont été tirés et des débuts d’incendies se sont déclarés dans de petits commerces peu après l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle.

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Mis à jour le 8 décembre 2010 à 09:16

Partisan de Michel Martelly, le candidat arrivée en troisième position, le 7 décembre 2010. © AFP

À Pétion-Ville, banlieue de la capitale, plusieurs centaines de jeunes cagoulés couraient dans les rues, pour la plupart bloquées, pour demander l’annulation du scrutin.

Les radios haïtiennes ont rapporté des manifestations dans plusieurs villes du pays.

Le deuxième tour de l’élection présidentielle en Haïti opposera l’ex-première dame Mirlande Manigat, qui a obtenu 31 % des voix, et le candidat du pouvoir Jude Célestin, qui a réuni 22 % des suffrages, a annoncé mardi le Conseil électoral.

Le chanteur populaire Michel Martelly arrive juste derrière Jude Célestin en troisième position, avec plus de 21 % des voix et seulement quelque 6 000 voix de moins que son rival.

Il est le grand perdant du premier tour qui s’était tenu le 28 novembre alors que le Conseil national des élections avait nettement relégué lundi le candidat du pouvoir à la troisième place, derrière Mme Manigat et M. Martelly, sur la base du dépouillement des résultats d’environ 15 % des bureaux de vote.

Résultats "incohérents"

La troisième position de M. Martelly et la faible marge qui le sépare du candidat du pouvoir Jude Célestin laissent augurer des tensions à venir, le chanteur ayant régulièrement accusé le parti au pouvoir de fraude électorale.

Les États-Unis se sont dits « préoccupés » mardi soir par les résultats « incohérents » de l’élection mais ont appelé la population au calme et offert d’examiner toute fraude éventuelle, selon un communiqué de l’ambassade américaine à Port-au-Prince.

Le deuxième tour de l’élection qui se tient sur fond d’épidémie de choléra est organisé le 16 janvier. Le successeur du président sortant René Préval prendra ses fonctions le 7 février. Il prendra la tête d’une administration amputée par le séisme dévastateur du 12 janvier, dans un palais présidentiel en ruines.

Écoles fermées à Port-au-Prince, appel au calme : les Haïtiens avaient attendu fébrilement mardi les résultats de la présidentielle. Commerces et administrations avaient fermé leurs portes par craintes de violences.

Les scrutins présidentiel et législatifs ont été marqués par des irrégularités et des violences qui ont fait au moins deux morts. La Mission conjointe de l’Organisation des États américains (OEA) et des pays du Marché commun de la Caraïbe (Caricom) a exhorté les dirigeants des partis politiques haïtiens à appeler leur partisans à garder leur calme.

Une victoire de Mme Manigat, qui est arrivé largement en tête du premier tour, marquerait un changement politique majeur dans un pays dirigé depuis 2006 par le président René Préval, de plus en plus contesté par la population.

Quel qu’il soit, son successeur devra gérer l’épidémie de choléra qui sévit dans le pays depuis la mi-octobre et qui a fait 2 120 morts, selon un dernier bilan.

Selon un rapport remis au ministère français des Affaires étrangères, le foyer infectieux est parti du camp des Casques bleus népalais de la Mission de l’ONU, a indiqué une source proche du dossier.

L’information a été à l’origine de heurts entre la population et les Casques bleus. L’armée népalaise a condamné le rapport affirmant qu’il ne contenait aucune preuve de l’implication directe des troupes népalaises.

« C’est une conclusion hypothétique et nous condamnons fermement de telles allégations sans faits ni preuves solides », a déclaré à l’AFP un porte-parole de l’armée, Ramindra Chhetri.

Autre dossier dont hériteront les nouveaux dirigeants haïtiens : les suites du séisme du 12 janvier, qui a fait plus de 250 000 morts et 1,5 million de sans-abri.

Les anciens présidents américains George W. Bush et Bill Clinton se sont rendus lundi en Haïti au titre du « Fonds Clinton-Bush pour Haïti » (www.clintonbushhaitifund.org), selon le journal Miami Herald.

Ils ont promis d’oeuvrer pour assouplir les relations commerciales entre les États-Unis et Haïti, afin de créer « 100 000 emplois ».