Culture

Le Sénégal accueille le troisième Festival mondial des arts nègres sur fond de polémique

Une grande affiche annonce le festival dans une rue de Dakar, le 9 décembre.

Une grande affiche annonce le festival dans une rue de Dakar, le 9 décembre. © AFP

Après plusieurs reports, le troisième Festival mondial des arts nègres qui veut mettre en valeur la culture noire, a débuté au Sénégal sur le thème de la « renaissance africaine » mais il est décrié par certains comme étant coûteux et « anachronique ».

Le président Abdoulaye Wade a "exhorté" les Sénégalais à "une forte mobilisation pour imprimer un cachet populaire" à cet évènement organisé du 10 au 31 décembre dans tout le pays, avec le Brésil en "invité d’honneur".

Ce troisième Festival se tient 44 ans après la première édition, en avril 1966 à Dakar, organisée par le "président-poète" et "chantre de la négritude" Léopold Sédar Senghor.

Expositions, spectacles, débats – tous gratuits – sont prévus dans plusieurs domaines: musique, théâtre, architecture, histoire, littérature, sport, danse, photographie, design, artisanat d’art, cinéma, mode, etc.

"Des partenaires pensent que nous ne sommes pas suffisamment entrés dans l’Histoire. Nous ne crions pas notre négritude. Nous l’affirmons et nous le mettons dans un contexte de renaissance africaine. Nous voulons montrer au monde que l’Afrique a existé, existe et sera", déclare le délégué général du Festival, Abdou Aziz Sow, assisté par la fille du président Wade, Sindiély.

M. Sow faisait allusion à un discours très controversé du président français Nicolas Sarkorzy à l’université de Dakar le 26 juillet 2007, dans lequel il avait affirmé que "l’homme africain" n’était pas "suffisamment entré dans l’Histoire".

Irresponsabilité

Quelque 5.000 personnes dont 3.500 artistes ont été invitées, selon le comité d’organisation.

La cérémonie d’ouverture dans le plus grand stade de Dakar (60.000 places) prévoyait la participation de 700 danseurs, 2.000 figurants et artistes, et 500 musiciens autour de stars africaines telles les Sénégalais Akon et Youssou Ndour, la Béninoise Angélique Kidjo et les Sud-africaines Mahotella Queens.

Le budget du Festival est estimé à 35 milliards de FCFA (53 millions d’euros) avec des contributions du Sénégal et d’autres pays africains, dont l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Soudan.

"Comment peut-on appeler à un Festival mondial des arts nègres rappelant le combat anachronique de la négritude des Senghor et (de l’écrivain martiniquais, Aimé) Césaire préoccupés d’identité nègre face au blanc ?", écrit dans un "appel aux artistes nègres" l’opposant et écrivain sénégalais El Hadji Momar Samb.

"Comment, en ces moments-ci où les populations sont ballottées entre des pénuries de toutes sortes – eau, électricité, gaz, pain, soins primaires de santé, sécurité -, peut-on en toute responsabilité, se permettre d’engager une dépense de plus de 30 milliards de FCFA ?", ajoute-t-il.

Amateurisme

Pour l’anthropologue-muséologue sénégalais Ousmane Sow Huchard, l’organisation du Festival "par des gens qui ne sont pas dans la culture" relève "de l’amateurisme", d’où ses quatre reports depuis 2007. "Le Festival de 1966 était mieux planifié", affirme-t-il.

La deuxième édition, à Lagos en janvier-février 1977, avait été marquée par une polémique. Le Sénégal avait failli la boycotter en "raison de divergences dans la conception", rappelle l’écrivain sénégalais Alioune Badara Bèye.

"Senghor voulait un projet de réflexion sur la culture et le devenir de l’Afrique" mais un responsable nigérian avait estimé: "the festival is business", donc fait pour gagner de l’argent. Le concepteur du Festival de 1966, le Sénégalais Alioune Diop, avait même été expulsé de Lagos.

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