Droits de l’homme

Un ambassadeur français donne l’alerte sur la situation des droits de l’homme

Un homme fait du vélo le 19 février 2009 à Bangadi, dans le nord-est de la RDC. © AFP

François Zimeray est ambassadeur français pour les droits de l'homme. Il revient d'une visite en République démocratique du Congo où il a été confronté à des "moments extrêmement forts". Récit d'une visite "bouleversante" et alarmante.

L’ambassadeur français pour les droits de l’homme François Zimeray a qualifié samedi 18 décembre de « naufrage » la situation des droits de l’homme en République démocratique du Congo (RDC) où il a effectué une visite « bouleversante ».

« Je dois à l’amitié (avec la RDC) et à l’honnêteté de dire les choses vraies, crues, et ce voyage était bouleversant », a-t-il déclaré à l’AFP à Kinshasa à l’issue d’un séjour d’une semaine dans le pays.

« Il y a eu des moments extrêmement forts qui me donnent le sentiment d’une situation de naufrage s’agissant des droits de l’homme » en RDC, a estimé l’ambassadeur.

La menace Ntaganda

À Goma (est), il a relevé le cas des défenseurs de droits humains « menacés et vivant de façon extrêmement dure et douloureuse la présence » dans la ville du général de l’armée congolaise Bosco Ntaganda, « c’est à dire la présence notoire d’un homme poursuivi par la CPI alors que l’on a que le mot de lutte contre l’impunité à la bouche ici ». Ex-chef d’une rébellion congolaise ralliée à Kinshasa début 2009, Ntaganda est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre commis quand il était dans une milice en 2002-2003.

« J’ai vu à Goma une prison de 140 places où survivaient, dans des conditions d’hygiène et de promiscuité épouvantables, 1 046 détenus » qui « n’avaient à manger qu’un gobelet de haricots une fois par jour la semaine, et rien le samedi et le dimanche », a raconté François Zimeray.

« J’ai vu le sort de femmes victimes de violences sexuelles et l’absence totale de leur prise en charge par des institutions autres que relevant de la communauté internationale », a-t-il ajouté.

L’ambassadeur a dénoncé « ce phénomène des enfants ‘sorciers’ qui jette à la rue une grande partie des enfants de ce pays, et qui est particulièrement choquant ».

"Les solutions viendront du gouvernement"

Le ministre congolais de la Justice et des droits humains Emmanuel-Janvier Luzolo Bambi « n’a pas nié les difficultés » et « a demandé plus de soutien de la communuauté internationale », selon M. Zimeray.

« Je lui ai dit que le soutien de la France était acquis, mais qu’il n’y avait aucune raison d’accepter que nous pallions les carences de l’État congolais, et que les solutions viendront, si elles viennent, du gouvernement de ce pays », a-t-il affirmé.

John Numbi doit faire face à la justice

L’ambassadeur français pour les droits de l’homme a rencontré samedi matin la femme de Fidèle Bazana, le chauffeur du militant des droits de l’homme assassiné début juin à Kinshasa, Floribert Chebeya. M. Bazana a disparu depuis, on corps n’a jamais été retrouvé et ses proches affirment qu’il a aussi été assassiné. « L’incertitude dans laquelle (Mme Bazana) est quant au sort de son mari est incompréhensible et inacceptable », a déclaré M. Zimeray.

« Nous sommes extrêmement attentifs au déroulement » du procès des policiers assassins présumés de M. Chebeya qui se tient actuellement à Kinshasa, a ajouté l’ambassadeur.

« C’est trop tôt pour parler d’un déni de justice. On ne peut pas faire croire à la lutte contre l’impunité tant que le général John Numbi ne sera pas devant ses juges », a-t-il estimé au sujet du chef de la police congolaise, suspendu depuis juin dans le cadre de cette affaire et qui n’est pas jugé comme le réclame la famille Chebeya qui l’a toujours qualifié de « suspect numéro Un ».

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