Société

Drogue : l’essence fait des ravages au pays de l’or noir

| Par AFP
L’essence comme drogue mène les enfants des rues à prendre du crack et de l’héroïne.

L'essence comme drogue mène les enfants des rues à prendre du crack et de l'héroïne. © D.R.

En Angola, l’un des premiers pays producteurs de pétrole du continent, l’essence est une drogue destructrice à laquelle n’échappent pas des milliers d’enfants des rues issus de la guerre civile. Un fléau contre lequel les autorités ont bien du mal à lutter, avec l’aide de l’Unicef.

Entre les étals de fruits et légumes d’un marché de Luanda, des enfants en errance reniflent un tissu imbibé d’essence, une pratique qui fait des ravages en Angola, l’un des principaux producteurs de brut du continent. Appuyé contre un mur, Betinho a le regard dans le vide. « J’ai commencé à prendre de la +gasolina+ il y a 2 mois, articule difficilement ce garçon de 11 ans. « Quand j’en prends, ça me fait mal au coeur. Pour en acheter, je mendie… »

Son copain du même âge, Agostinho, en inhale aussi et ne sait pas trop pourquoi. Pieds nus, vêtu d’un t-shirt déchiré, il dit juste que l’essence est facile à trouver. Le pétrole coule à flot en Angola qui, avec 1,9 million de barils par jour, rivalise avec le Nigeria pour la place de premier producteur de brut d’Afrique. Malgré cette manne, un tiers de la population vit dans l’extrême pauvreté et cherche parfois un réconfort artificiel.

Les jeunes sont particulièrement exposés : neuf ans après la fin d’une longue guerre civile (1975-2002) qui a fait des millions de morts et déplacés, 43.000 mineurs sont toujours séparés de leurs parents, selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

Moins d’un dollar le demi-litre

Parmi les « consommateurs » d’essence, il y a « les orphelins de la guerre et du sida », explique Koen Vanormelingen, représentant de l’Unicef en Angola. « Mais il y a aussi ceux que les parents, venus de province, ont abandonnés parce qu’ils ne pouvaient pas s’en occuper. Et ceux qui ont un toit mais passent leurs journées dans les rues pour gagner de l’argent », dit-il. Avec les cinq ou six dollars qu’ils gagnent en lavant les voitures, des enfants parfois d’à peine 10 ans peuvent facilement se procurer une petite bouteille d’essence pour moins d’un dollar le demi-litre.

En Angola où plus de la moitié de la population a moins de 18 ans, 15% des toxicomanes ont commencé par inhaler de l’essence, selon l’Association nationale de lutte contre la drogue. La pratique provoque des dommages au foie, aux reins et surtout au cerveau et conduit ensuite vers des drogues dures comme le libanga (crack) ou l’héroïne. « L’Angola devient une plaque tournante, on saisit de plus en plus de drogues aux frontières », assure le représentant de l’Unicef, dont l’organisation travaille avec le gouvernement pour réduire le nombre d’enfants vulnérables, en baisse depuis la fin de la guerre civile.

La désintoxication par la « méthode froide »

« Il y a eu un recul de la pauvreté d’une façon générale en Angola et en huit ans, 1,5 million d’enfants supplémentaires vont à l’école et ne sont plus dans la rue », souligne M. Vanormelingen. Il manque toutefois des institutions spécialisées dans le sevrage et seules les associations religieuses viennent en aide aux personnes dépendantes. Dans la banlieue de Luanda, une centaine de toxicomanes et alcooliques cohabitent dans le Centre chrétien de réhabilitation des marginaux (Remar).

« Nous recevons tout le monde ici sans aucune restriction », explique le directeur, Luis Macedo, qui recueille cependant peu de filles, rapidement livrées à la prostitution. Ce pasteur et ancien héroïnomane croit fermement en la « méthode froide » qui l’a aidé à se soigner : les jeunes sont accueillis dans ce centre fermé où ils sont soumis à de strictes règles de vie en communauté. Ils se désintoxiquent sans aucune aide chimique.

Mauro Antunes de Freita tente d’y croire, quelques jours après son arrivée. « Je ne suis pas encore bien habitué à être enfermé. C’est très difficile », avoue ce jeune homme de 21 ans. « J’espère que ma famille viendra me voir. J’aimerais bien guérir ».

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