Politique

Plusieurs milliers de Tunisiens manifestent contre le gouvernement Ghannouchi

Des milliers de Tunisiens ont manifesté dimanche à Tunis pour réclamer la démission du gouvernement de transition de Mohamed Ghannouchi, après une semaine encore marquée par l’instabilité et le meurtre d’un prêtre polonais en l’honneur de qui une messe devait être célébrée.

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Mis à jour le 20 février 2011 à 18:52

Manifestants hostiles au Premier ministre de transition Mohamed Ghannouchi. © AFP

« Gouvernement de Ghannouchi Dégage » : quelque 4 000 personnes ont manifesté devant la Kasbah, siège de la Primature, reprenant le slogan de la révolution qui a provoqué la chute de l’ancien régime, « Ben Ali Dégage ».

Dans une ambiance bon enfant, surveillés de loin par l’armée et la police qui avaient déployé deux blindés et des hélicoptères, hommes, femmes, enfants ont réclamé le changement de la plupart des institutions.

« Démission du Premier ministre, Assemblée constituante, Indépendance de la justice », « Dissolution du Parlement », « Dissolution des commissions » (l’une des commissions est chargée de la réforme électorale), pouvait-on lire sur des pancartes.

« Notre révolution n’a abouti à rien avec ce Ghannouchi », a déclaré Samia Mahfoudh, enseignante de 50 ans.

« Ils nous prennent pour des dupes. Tous les membres du Parlement et des conseils de région ont été élus par l’ancien régime, la Constitution a été réformée par l’ancien régime », a dit Sami Ben Moumen, médecin de 30 ans.

Mohamed Ghannouchi a été le Premier ministre de Zine el-Abidine Ben Ali de 1999 jusqu’à sa chute le 14 janvier.

Vide sécuritaire et urgence sociale

Après la formation le 17 janvier d’un gouvernement d’union nationale dans lequel l’équipe sortante avait conservé la majorité des postes, des milliers de personnes avaient manifesté quotidiennement devant la Kasbah pour obtenir leur démission. M. Ghannouchi avait finalement remanié le gouvernement épuré des principaux caciques de l’ancien régime, le 27 janvier.

Depuis, des élections libres ont été annoncées pour dans six mois mais le pouvoir de transition n’a pas fixé de date ni donné de précisions sur le type de scrutins qu’il comptait convoquer.

Plusieurs partis d’opposition réclament instamment l’élection d’une Constituante ou la création d’un conseil de sauvegarde de la révolution, estimant que le gouvernement actuel n’a pas de contre-pouvoirs.

Outre cette pression politique, le gouvernement reste confronté à l’instabilité. Pour tenter d’apaiser les tensions sociales, il a annoncé vendredi de premières aides sociales d’urgence. Et pour pallier le vide sécuritaire, des réservistes ont rejoint l’armée mercredi.

Inquiétude face au fanatisme

Mais l’insécurité s’est à nouveau illustrée vendredi avec la découverte d’un prêtre catholique polonais, Marek Rybinski, 34 ans, retrouvé mort égorgé dans le hangar d’une école privée à Manouba (près de Tunis) où il était responsable financier.

Une messe à sa mémoire devait être célébrée dans l’après-midi à La Goulette, près de Tunis.

Dans la matinée, l’évêque de Tunis Lahham Maroun a rencontré le Premier ministre qui, a-t-il dit, l’a « assuré de son engagement personnel ainsi que de celui de son gouvernement à déterminer rapidement les causes » du meurtre.

« C’est la première fois que cela arrive, j’espère que cela n’arrivera plus jamais », a ajouté l’évêque.

Les autorités ont attribué ce meurtre qui a beaucoup choqué à des « extrémistes […] compte tenu de la façon dont il a été assassiné », laissant entendre qu’il s’agissait d’islamistes. Mais de nombreuses personnes ont estimé que cela pouvait aussi être le fait de personnes restées fidèles à Ben Ali.

Vendredi, des islamistes radicaux avaient tenté de mettre le feu à une rue de prostituées, provoquant le lendemain une manifestation pour défendre une « Tunisie laïque ».