Politique

Le panel de l’UA réclame l' »arrêt des tueries » et des manifestations mais renonce à venir à Abidjan

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Mis à jour le 5 mars 2011 à 10:18

Le panel de chefs d’Etat africains chargé de dénouer la crise ivoirienne a exigé vendredi « l’arrêt immédiat des tueries […] ainsi que des manifestations, marches populaires et autres activités susceptibles de dégénérer en troubles et en violences ». Les cinq présidents ont renoncé à se rendre à Abidjan. C’est le président de la commission de l’Union africaine Jean Ping qui doit venir porter leur message.

Présidé par Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), le groupe mandaté par l’Union africaine (UA) s’est réuni à Nouakchott, après une première rencontre le 20 février, pour esquisser une issue à la crise née du scrutin de novembre, opposant le chef de l’Etat sortant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, reconnu président élu par la communauté internationale.

"Le groupe demande l’arrêt immédiat des tueries et des exactions provoquant des pertes en vie humaines, ainsi que des manifestations, marches populaires et autres activités susceptibles de dégénérer en troubles et en violences", indique un communiqué publié à l’issue de la rencontre de six heures.

Le panel a appelé à "la plus grande retenue" et réclamé "la levée du blocus imposé à l’hôtel du Golf" d’Abidjan, où sont retranchés M. Ouattara et son gouvernement.

Parallèlement, les Etats-Unis ont réclamé l’arrêt immédiat de la violence" et accusé le président sortant Laurent Gbagbo de "mépris inhumain pour la vie humaine et l’Etat de droit".

Formé également de Jacob Zuma (Afrique du Sud), Jakaya Kikwete (Tanzanie), Idriss Deby Itno (Tchad) et Blaise Compaoré (Burkina Faso), il doit tenir "dans les meilleurs délais" sa prochaine réunion, à laquelle les rivaux seront invités, pour "parachever" sa mission.

Comme il l’avait fait du 21 au 23 février, le panel – à l’exception de Blaise Compaoré, récusé par le camp Gbagbo qui l’accuse de parti pris pro-Ouattara – devait initialement se rendre vendredi ou samedi à Abidjan, selon des sources diplomatiques.

Mais ce sera finalement le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, qui fera le déplacement samedi, porteur d’un "message" à MM. Gbagbo et Ouattara.

Possible "résurgence de la guerre civile"

Mis en place par l’UA fin janvier, le panel avait au départ jusqu’à fin février pour élaborer des solutions "contraignantes". Mais ce délai a été repoussé d’un mois, illustrant les divisions et les difficultés du quintette.

L’impasse diplomatique se signale alors que la situation dans le pays se dégrade chaque jour.

Le Conseil de sécurité de l’ONU redoute même une "résurgence de la guerre civile" après les combats de 2002-2003 qui avaient coupé le pays en deux, le nord étant aux mains de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) désormais alliée à M. Ouattara.

Cinquante personnes ont été tuées dans des violences entre le 24 février et le 3 mars, portant à au moins 365 le nombre de tués depuis fin 2010, selon la force de l’ONU dans le pays, l’Onuci.

Ce bilan ne prenait pas en compte la mort de sept femmes, tuées par balles lors d’une manifestation à Abidjan, dans le quartier pro-Ouattara d’Abobo, par les Forces de défense et de sécurité (FDS) de Laurent Gbagbo, selon le dernier bilan de l’Onuci.

M. Ouattara a dénoncé une "barbarie inqualifiable" et condamné "cette folie meurtrière".

Les FDS ont nié toute responsabilité dans ce drame, protestant contre une "accusation forcément mensongère et sans fondement".

La France a souhaité que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies se saisisse des violences en Côte d’Ivoire et qu’une "commission d’enquête crédible et impartiale sous l’égide de l’ONU" soit mise en place.

Mais le camp Ouattara veut aller plus loin, annonçant son intention de présenter un projet de résolution devant le Conseil des droits de l’Homme faisant référence à de possibles poursuites devant la Cour pénale internationale contre M. Gbagbo.

Sur le plan humanitaire, la situation est également préoccupante.

L’insécurité a poussé "plus de 200.000 personnes" hors d’Abobo en environ une semaine et, dans l’ouest, plus de 70.000 habitants ont fui le pays, principalement vers le Liberia voisin, selon l’ONU.

Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés a annoncé avoir suspendu certaines de ses opérations dans l’ouest, où s’affrontent depuis plusieurs jours FDS, soutenues par des miliciens, et combattants FN.