Politique

Égypte : un mort place Al-Tahrir, le rôle de l’armée critiqué

Par
Mis à jour le 9 avril 2011 à 16:32

Une personne a été tuée dans la nuit de vendredi à samedi au Caire lorsque la police militaire a tenté de disperser des manifestants exigeant le départ du chef de l’armée. Deux mois après la chute de Hosni Moubarak , les tensions sont toujours vives.

Mis à jour le 10 avril, à 11h33.

Le ministère de la Santé a annoncé que les violences avaient fait un mort et 71 blessés, certains atteints par balles, d’autres souffrant de problèmes respiratoires, de tension ou ayant reçu des coups pendant les heurts. L’armée a confirmé le décès lors d’une conférence de presse. Des sources médicales avaient auparavant fait état de deux morts et d’au moins 18 blessés.

Il s’agit du premier décès lors d’une manifestation depuis la démission sous la pression populaire de M. Moubarak le 11 février. Samedi à l’aube, la police militaire, appuyée par la police anti-émeutes, a tiré en l’air des rafales d’armes automatiques pour disperser les manifestants qui exigeaient le départ du maréchal Hussein Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées, ont indiqué des témoins.

Le CSFA, un collège d’une vingtaine de généraux, est dépositaire du pouvoir depuis la chute de M. Moubarak, et le maréchal Tantaoui, 75 ans, qui le dirige, a été pendant 20 ans ministre de la Défense du président déchu. "Je suis venu à Tahrir parce que nous assistons à une contre-révolution", affirmait un des manifestants, Malik Asam, un étudiant. "J’attendais de voir l’autre visage de l’armée. Si elle continue comme cela, elle va voir l’autre visage du peuple", déclarait un autre étudiant, Anas Mohamed.

L’armée dément

Un bus militaire et un camion civil ont été incendiés alors qu’un camion de l’armée partiellement calciné était visible à proximité. Les témoins ont affirmé que les militaires avaient battu des manifestants et utilisé des balles réelles, ce qu’a nié l’armée. "Nous n’avons pas utilisé la force, nous n’avons frappé personne", a affirmé le général Ismaïl Etman aux journalistes, affirmant que c’était "des pierres lancées par des manifestants" qui avaient blessé d’autres protestataires. "L’armée n’avait pas de balles réelles", a assuré pour sa part le général Adel Omara, précisant qu’une enquête du parquet militaire était en cours.

Les militaires ont nié être impliqués dans la mort du manifestant, qui a été tué par balle, affirmant qu’"une fois la place évacuée, il n’y avait pas de morts". Quarante-deux personnes ont été arrêtées, dont des officiers qui manifestaient malgré l’interdiction formelle de leur hiérarchie. "Ceux qui restent sur la place seront dispersés", a prévenu le général Etman.

Le rôle de l’armée cristallise les tensions

Des dizaines de milliers de manifestants avaient réclamé la veille sur cette place emblématique du soulèvement populaire égyptien le jugement de M. Moubarak et d’autres hauts responsables de son régime et critiqué ouvertement l’institution militaire. Ces violences témoignent d’une récente montée des tensions autour du rôle de l’armée, en charge du pays depuis le départ de M. Moubarak, après une période de large consensus sur son action. Des manifestants ont affirmé vouloir rester à Tahrir tant que le maréchal Tantaoui, qui a été pendant 20 ans ministre de la Défense de M. Moubarak, resterait en place.

"Je suis venu à Tahrir parce que nous assistons à une contre-révolution", affirmait un des manifestants, Malik Asam, un étudiant. "J’attendais de voir l’autre visage de l’armée. Si elle continue comme cela, elle va voir l’autre visage du peuple", déclarait un autre étudiant, Anas Mohamed. La retenue dont elle a fait preuve face à la foule au cours des événements qui ont provoqué la chute de M. Moubarak vaut à l’armée d’être populaire parmi la population.

Mais son image a été ternie par des accusations de torture et par les incertitudes qui persistent sur les modalités de retour à un pouvoir civil. L’armée a promis de rendre le pouvoir aux civils vers la fin de l’année, après des élections législatives et présidentielle. Nombre d’Egyptiens redoutent toutefois de voir les réseaux de l’ancien régime se reformer pour contrôler le pouvoir.

Plusieurs responsables politiques et hommes d’affaires proches de M. Moubarak font actuellement l’objet de poursuites ou d’enquêtes, mais les manifestants demandent une action plus ferme vis-à-vis de nombreux autres qui ne sont pas inquiétés, ou restent même dans les allées du pouvoir. L’ancien président est assigné à résidence. Une commission a été instituée pour enquêter sur sa fortune et celle de sa famille proche.