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Société

RSE : les populations confiées « aux bons soins des multinationales »

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Mis à jour le 24 octobre 2013 à 10:30

Paludisme, tuberculose, sida : les entreprises s’impliquent auprès de leurs salariés et des populations locales, car elles ont tout à y gagner.

Difficile aujourd’hui de trouver une grande entreprise qui ne dispose pas d’un programme sanitaire en Afrique. Le minier Randgold Resources en a un (il finance des centres de santé près de ses sites de production) ; le cimentier Lafarge aussi ; tout comme Marathon Oil, CFAO ou Total. Ce dernier a consacré en 2011 plus de 10 millions d’euros à diverses actions liées à la santé à travers le monde, dont une part importante sur le continent.

Avoir des collaborateurs en bonne santé, c’est aussi protéger sa force de travail.

Accès aux soins

Les sociétés africaines ne sont pas en reste. L’agro-industriel ivoirien Sifca agit pour la prévention du sida, l’opérateur télécoms sénégalais Sonatel a pris en charge les frais de santé de près de 8 000 personnes âgées depuis 2004, et l’OCP marocain soutient des projets facilitant l’accès aux soins des plus démunis.

La plupart des programmes visent le VIH, le paludisme et, dans une moindre mesure, la tuberculose. Si certaines actions sont menées en direct, bon nombre de sociétés agissent aussi par le biais de fondations interentreprises. La plus importante d’entre elles, GBCHealth, rassemble plus de 200 multinationales et permet de coordonner les actions : Anglo American lutte contre le sida tandis qu’AngloGold Ashanti travaille sur le paludisme au Ghana et Freeport-McMoRan Copper & Gold en RD Congo.

Sollicitations des gouvernements

« Nous ne cherchons pas à nous substituer aux politiques de santé, mais à les soutenir », souligne Caty Forget, déléguée générale de la Fondation Sanofi Espoir. Face à l’incurie des États, l’écueil est pourtant difficile à éviter. En Afrique subsaharienne, seuls le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Rwanda, le Togo et la Zambie allouent au moins 15 % de leur budget à la santé, conformément aux engagements pris à Abuja en 2001.

D’ailleurs, les gouvernements n’hésitent pas à solliciter les entreprises. Après les inondations survenues à Dakar en 2012, c’est par exemple Sonatel qui a financé les travaux de remise en état de l’hôpital Philippe-Maguilène-Senghor.

Retour sur investissement

Les entreprises y trouvent également leur intérêt. Un rapport publié en 2009 dans le cadre du programme Roll Back Malaria met ainsi en lumière les bénéfices qu’elles retirent de la lutte contre le paludisme. Comparant les sommes dépensées et les gains de productivité obtenus grâce à la baisse de l’absentéisme, le texte souligne que « le retour sur investissement a été impressionnant ».

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Dans trois entreprises zambiennes étudiées (Zambia Sugar et les mines de cuivre de Mopani et Konkola), le nombre de journées de travail perdues a diminué de 94 % entre 2000 et 2009.

L’implication du secteur privé « ne relève ni de la philanthropie ni de la philosophie. Cela doit répondre aux objectifs économiques de l’entreprise », estime Laurence Tovi, directrice de la responsabilité sociétale de l’entreprise chez CFAO : « Avoir des collaborateurs en bonne santé, c’est aussi, au-delà de l’impératif moral, protéger sa force de travail. »

Image de marque

Autre avantage de cette forme d’engagement : elle permet de se faire accepter des populations locales. « Nos actions illustrent la responsabilité sociale du groupe et contribuent à son image », confirme Caty Forget, de la Fondation Sanofi Espoir.

Pour Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine, à l’origine de la découverte du VIH, peu importe leurs motivations, les multinationales sont les seules à dégager assez de profits pour pouvoir agir. Ainsi juge-t-elle le soutien apporté par Total à l’Institut Pasteur déterminant pour l’application de ses travaux en Afrique.