Justice

Sénégal – Tchad : Hissène Habré s’estime victime d’un « kidnapping »

L'ex-président tchadien Hissène Habré quitte le tribunal de Dakar escorté par des gardes, le 25

L'ex-président tchadien Hissène Habré quitte le tribunal de Dakar escorté par des gardes, le 25 © AFP

L’ex-président tchadien Hissène Habré, réfugié au Sénégal depuis sa chute en 1990 et poursuivi pour crimes contre l’humanité, va être renvoyé dans son pays d’origine lundi 11 juillet par un vol spécial pour y être jugé.

Mais plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme et une avocate de victimes ont très vite critiqué cette décision, doutant que M. Habré, 69 ans, puisse bénéficier d’un procès équitable au Tchad.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a informé par courrier son homologue tchadien Idriss Deby Itno « de sa décision de renvoyer dans son pays d’origine M. Hissène Habré le lundi 11 juillet par un vol spécial affrété par le gouvernement sénégalais », selon un communiqué du gouvernement tchadien qui « prend acte de cette décision ».

« Par ailleurs, le gouvernement prendra attache avec l’Union africaine (UA), les ADH (associations des droits de l’homme) intéressées, ainsi que les victimes, pour l’organisation d’un procès équitable au Tchad », conclut le communiqué.

Le porte-parole du gouvernement sénégalais, Moustapha Guirassy, a confirmé l’annonce du retour de M. Habré sans préciser si M. Habré était encore à son domicile de Dakar ou déjà aux mains des autorités sénégalaises.

« L’UA a donné un mandat au Sénégal pour juger Hissène Habré ou l’extrader et nous avons signé et ratifié des conventions contre la torture. Nous ne voulons pas être en faute par rapport à cette injonction de l’UA », a-t-il indiqué.

« Le retour (au Tchad) n’est pas légal. Wade est un juriste, mais il a oublié ses leçons de droit », a réagi un avocat au Sénégal de M. Habré, Me El Hadji Diouf.

« Aucune personne ne peut être expulsée vers un pays où elle va mourir, selon le droit international », a dit M. Diouf.

Un procès équitable nécessaire

En outre, selon lui, « il n’appartient pas à Wade de choisir le pays qui va accueillir Habré »  s’il s’agit d’une expulsion, mais à l’ex-président tchadien.

Et selon l’avocat, « une extradition obéit à une procédure » car M. Habré « ne peut pas être extradé sans que la justice (sénégalaise) se prononce ».

« Dans une résolution (annexe) adoptée dans le cadre de son sommet le 1er juillet 2011 à Malabo en Guinée Équatoriale, l’Union africaine a demandé au Sénégal de juger rapidement l’ancien dictateur tchadien ou de l’extrader », avait affirmé l’ONG Human Rights Watch dans un communiqué le 2 juillet.

Vendredi, cette organisation de défense des droits de l’homme a déploré la décision du Sénégal de renvoyer M. Habré au Tchad et non en Belgique.

« Les victimes de Habré se battent depuis vingt ans pour qu’il soit jugé mais c’est fondamental qu’il ait un procès équitable. Nous nous sommes toujours opposé à l’idée de l’envoyer au Tchad. Nous pensions que les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui pour qu’il ait un procès équitable au Tchad », a déclaré l’avocat Reed Brody, un responsable de Human Rights Watch.

Hissène Habré « a déjà été condamné à mort par contumace pour d’autres crimes et nous espérons que le gouvernement tchadien va le renvoyer en Belgique où il pourrait avoir un procès équitable », a ajouté M. Brody.

La Belgique avait porté plainte contre le Sénégal en 2009 demandant qu’il juge ou extrade Hissène Habré.

« Les victimes sont déçues, elles se demandent s’il y aura un procès un jour », a déclaré Me Jacquelin Moudeina, avocate de victimes.

« Qu’est-ce qui se passera lundi? Est-ce qu’il y aura un procès? Nous craignons (…) (que s’il est jugé ce ne soit) pas pour les faits que nous lui reprochons », s’est-elle inquiétée.

Hissène Habré, qui a dirigé le Tchad de 1982 jusqu’à son renversement en 1990, est réfugié au Sénégal depuis sa chute. Il est accusé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture.

En 2006, l’UA avait demandé au Sénégal de juger Hissène Habré « au nom de l’Afrique », ce que le président sénégalais avait accepté, mais aucune information judiciaire n’a été ouverte.

Victime d’un « kidnapping »

L’ancien président tchadien Hissène Habré, accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité que le Sénégal a décidé d’expulser vers N’Djamena, s’estime victime d’un « kidnapping », a déclaré samedi un de ses avocats sénégalais, El Hadji Diouf.

M. Habré « a réagi avec étonnement et surprise » à la décision du gouvernement sénégalais et « il a lui-même utilisé le terme de kidnapping », a déclaré à la presse M. Diouf.

« Ce n’est ni une expulsion, ni une extradition, c’est une prise d’otage», a affirmé l’avocat qui a ajouté que la défense de l’ancien chef de l’Etat tchadien qui vivait en exil au Sénégal était en train de rédiger « des plaintes» contre le président sénégalais Abdoulaye Wade pour « violation des droits de l’homme ».

Ces plaintes seront déposées « au Sénégal, au niveau continental et au niveau international », a-t-il dit, affirmant que le président Wade serait « poursuivi pour complicité d’assassinat et d’actes de torture » au cas où il arriverait quelque chose à Hissène Habré une fois rentré dans son pays.

Ses défenseurs et des organisations de défense des droits de l’homme craignent qu’il ne soit porté atteinte à la vie de M. Habré à son arrivée au Tchad où il a déjà été condamné à mort par contumace.

Le ministre de l’Intérieur sénégalais, Ousmane Ngom, a signé vendredi un arrêté d’expulsion à l’encontre d’Hissène Habré qui doit être mis lundi dans un vol spécial Dakar – N’Djamena.

Me Diouf n’a pas dit où se trouvait actuellement l’ex-président tchadien, s’il avait déjà été arrêté par les autorités sénégalaises en vue de l’expulsion, ou s’il était toujours dans un de ses domiciles au Sénégal.

Hissène Habré, qui a dirigé le Tchad de 1982 jusqu’à son renversement en 1990, est réfugié au Sénégal depuis sa chute. Il est accusé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture.

En 2006, l’Union africaine avait demandé au Sénégal de juger Hissène Habré au nom de l’Afrique », ce que le président sénégalais avait accepté, mais aucune information judiciaire n’a été ouverte.
 

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